Nous rejoignons Martin Bricard et ses deux collègues menuisiers ébénistes, au sein de leur atelier de Neuilly-Plaisance (93). Du gérant de 28 ans à ses deux collaborateurs de 25 ans, Loïc Le Bris et Xavier Lu, en passant par l’entreprise elle-même, lancée fin 2024 la jeunesse est de mise ! Ici, on produit des meubles d’intérieur sur mesure pour les particuliers, en mettant en valeur le travail manuel et unique de l’artisanat. Le jeune patron qui nous accueille est un menuisier autodidacte, qui a embrassé le métier presque par hasard, motivé par une passion d’enfance pour les travaux manuels. “Après des études d’ingénieur, j’ai travaillé comme développeur, puis comme product manager dans le numérique. Au bout de quelques années, je me suis retrouvé au chômage. J’aimais depuis toujours le travail du bois et j’ai appris avec le temps à manier des machines et des outils. J’ai donc commencé à faire de petites prestations de menuiserie ici et là. Et, petit à petit, avec le bouche-à-oreille, j’ai considéré l’option d’en faire mon métier et j’ai monté ce projet d’entreprise”, raconte-t-il. Quelques mois plus tard, le voilà à la tête de sa petite structure, entouré de deux professionnels aux parcours plus classiques : Loïc et Xavier sortent tous les deux de l’École Boulle, une grande école des arts appliqués et des métiers d’art et du design, et sont titulaires d’un Brevet des métiers d’art (BMA) d’ébéniste. Très vite, le bruit des machines qui découpent, poncent, percent et rabotent le bois s’élève dans la pièce.
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La vie en atelier
Chez nous, “70 % du travail s’effectue en atelier (modélisation et plan, conception et finition des pièces) et 30 % au domicile des clients (mesures, pose et assemblage)”, précise Martin. Les menuisiers sont en activité constante et leurs journées sont remplies de tâches précises à effectuer, pour réaliser les pièces des différents projets prévus dans le planning. Mais avant tout travail manuel, le menuisier doit passer par l’étape de la conception et de la modélisation, souvent via des logiciels numériques permettant de réaliser un plan en 3D très précis du meuble et du projet. C’est le travail de Martin : « Cela nous permet de déterminer avec exactitude le bois et la matière première nécessaires, ainsi que le temps de travail en atelier, et surtout de pouvoir procéder méthodiquement et d’établir une to-do list journalière pour chacun.” L’un des projets du moment : une grande bibliothèque avec espace bureau. Un meuble sur mesure qui compte toute une série de pièces uniques à confectionner. À chaque pièce, chaque matériau, chaque étape à réaliser, sa nomenclature. Autant dire que tout ce travail demande une organisation et une planification minutieuses, auxquelles s’ajoutent les échanges permanents avec les fournisseurs de bois. Le patron menuisier doit constamment surveiller son stock et veiller à limiter les pertes. Pour cette bibliothèque, « un projet à 11 000 euros”, une semaine complète de travail en atelier sera nécessaire, sans compter la journée de pose chez le client.
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La passion de la création
Chez nos trois professionnels, un dénominateur commun s’affirme : la menuiserie est affaire de création et de passion. « Je suis assez manuel et je suis passionné par le travail du bois. J’ai retrouvé cela dans l’ébénisterie, raconte Loïc. Ce qui est chouette dans la menuiserie, c’est que l’on découvre des choses tous les jours, nos journées ne se ressemblent jamais.” Pour le jeune ébéniste, la création et le travail en atelier prennent un sens tout particulier dans le cadre du travail sur mesure. Son collègue Xavier, et ami de longue date, est quant à lui fraîchement diplômé. Il a complété son BMA en septembre 2024 et a directement rejoint l’Atelier d’Ornano : « On travaille entre amis, on fait des projets cools, se réjouit-il. Si je me suis lancé dans un domaine manuel et artistique, c’est pour laisser une trace de ma création, apporter une touche personnelle sur chaque projet.” Pour Martin, qui n’est pas un menuisier de métier et a connu une première vie professionnelle, l’attrait de la profession réside également dans son quotidien très diversifié : « Ce qui me plaît, c’est d’avoir sans cesse de petits trucs à améliorer, dans le fonctionnement de l’atelier et dans la précision de notre travail du bois, c’est une logistique et une exigence du quotidien. C’est également gratifiant de concevoir des projets de A à Z et de pouvoir constater la satisfaction des clients en direct, même si cela implique également de recevoir leur mécontentement parfois.”
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Un métier physique et manuel
Tout au long de la matinée passée avec Martin et son équipe, je prends la mesure de la dimension physique du métier. Outre le travail manuel et la répétition des gestes avec les outils, nos menuisiers doivent rester debout la majeure partie de la journée, composer avec la poussière et les chutes de bois générées (des machines les aspirent en grande partie) et parfois porter des charges lourdes et faire de la manutention. « Ce côté fatigue physique, il faut apprendre à le gérer », confirme Loïc. Aussi, je remarque que chacun porte sa paire d’écouteurs ou, selon la tâche réalisée, de casque antibruit. Une façon de s’isoler et de se protéger d’un autre incontournable : le bruit de la vie d’un atelier. Le vacarme a de quoi perturber un non-initié. De l’observation à la pratique, j’enfile mon costume de menuisier d’un jour et je découvre quelques techniques de base. J’affleure notamment deux fines pièces de bois grâce à un ciseau à bois – comprenez que j’aligne les deux pièces et que je les découpe pour qu’elles aient les mêmes dimensions – et je comprends alors la minutie et la précision de chaque geste. Martin m’explique : « Il faut faire attention à ne pas aller dans le sens contraire du ‘fil du bois’, pour ne pas couper les fibres et créer des découpes irrégulières”. La menuiserie, c’est tout un savoir-faire ! Pour mettre en œuvre encore plus de techniques, je mène mon propre projet : une planche à découper réalisée à partir d’une planche de chêne massif. D’abord, une découpe grossière aux dimensions souhaitées, puis plus précise en suivant les contours de la planche dessinés au crayon. Ensuite, un long ponçage de la planche pour gommer toutes les imprécisions du bois et lisser les surfaces. Et, enfin, l’application d’une huile à bois pour protéger la planche et figer le ponçage. On y prendrait goût.