Vous dites dans votre livre que « toute décision implique un renoncement ». Donc, basiquement, décider, c’est choisir ?
Exactement. À partir du moment où vous décidez d’aller à droite, vous renoncez à aller à gauche. Aussi simplement que ça. C’est ce qui veut dire que toute décision implique un renoncement, par définition.
Pourquoi certaines décisions sont-elles plus difficiles à prendre que d’autres ?
Cela s’explique par l’environnement qui est complexe. En fait, dès lors que vous êtes face à un choix simple, ce qu’il faut avoir en tête, c’est que le futur offre toujours une prédictibilité très élevée et que les alternatives sont toujours très comparables. A contrario, prendre une décision dans un environnement complexe ou incertain, c’est très difficile. Pourquoi ? Parce que les alternatives ne sont pas comparables et, justement, le futur offre une prédictibilité très faible. Par exemple, divorcer, c’est difficile. Changer de job, également, parce que les composantes ne sont pas forcément comparables.
Qu’est-ce qu’une bonne décision ?
Avant tout, selon moi, une bonne décision, c’est une décision qui est bonne pour vous. Alors je sais que cela paraît à la fois simpliste et réducteur, mais il faut accepter, dans bien des cas, de ne pas toujours parvenir à une décision idéale. C’est toujours plus simple après coup de post-rationaliser en disant « J’aurais dû faire ça ». Mais, moi, ce que j’aime me dire, notamment dans mon métier où je dois prendre des décisions très complexes, quand les enjeux sont importants, c’est qu’à l’aune des informations disponibles, je considère que j’ai pris la meilleure des décisions. Et, évidemment, après coup, on pourra peut-être revenir en arrière, mais, encore une fois, cela ne sert à rien de se flageller. Donc, ce qui est important, c’est comment on arrive à circonscrire les choix, à prendre la décision et après, finalement, comment on arrive à l’assumer, ce qui est une des parties les plus difficiles.
En quoi savoir prendre de bonnes décisions est, aujourd’hui, une compétence clé au travail ?
On est tous exposés à la prise de décision au quotidien, que ce soit des microdécisions ou des décisions particulièrement structurantes. Et donc, ce qui est important, c’est de savoir comment bien décider, parce qu’on le sait, souvent, les conséquences peuvent être désastreuses. Par exemple, on est désormais capable d’évaluer le coût d’un mauvais recrutement et de se dire que si on avait pris une bonne décision en amont, on n’en serait pas là maintenant. Et puis, que ce soit sur la gestion de projet ou pour le management, c’est une compétence indispensable.
Pour prendre une décision, on a tendance parfois à opposer émotions et raison…
C’est vrai, on a longtemps considéré que l’émotion brouillait la lucidité, et on l’opposait naturellement à la raison qui était toute puissante et qui nous permettait d’avoir le discernement éclairé nécessaire. Je défends aujourd’hui une approche plus intégrative, parce qu’on a besoin des deux pour prendre une décision. La raison nous apporte le discernement, l’émotion permet soit de nous prémunir de certaines choses, de nous avertir, soit de nous projeter dans la réussite. Donc, les émotions sont primordiales, ce sont des alliées.
Est-ce que l’intuition, aussi, est une alliée ?
Oui, tout à fait. Dans mon métier, on considère que, dans le meilleur des cas, 70 % de l’information est disponible, fiable et vérifiée. Pour les autres 30 %, c’est souvent l’intuition qui va nous permettre de prendre cette décision. Et l’intuition, elle repose avant tout sur notre capital et sur l’expérience acquise. Ce qui est important, c’est l’apprentissage tiré de l’expérience. Et donc, on le voit, si vous êtes en mesure d’apprendre de votre expérience, vous aurez un capital intuitif bien plus développé.