Des trains au vacherin, voici le titre du livre autoédité dans lequel Pascal Guglielmi, 39 ans, se raconte et fait le récit d’une reconversion du tout au tout en quelques mois. Son histoire est celle d’un cheminot qui quitte soudainement la SNCF en 2019 pour se former à la pâtisserie, un métier ancré dans son histoire familiale. « Je suis né dans une pâtisserie à Bordeaux, mais mes parents ont fini par lâcher cette affaire, raconte Pascal Guglielmi. Et après avoir baigné dans la pâtisserie, j’ai baigné dans la SCNF parce que presque tous les membres de ma famille du côté de ma mère travaillaient dans le rail et étaient cheminots. » Comme une évidence, le jeune Pascal se destine donc à une carrière dans le transport ferroviaire. Après quelques jobs saisonniers, il suit son baccalauréat tout en étant en alternance à la SNCF, et est embauché au bout de deux ans de formation dès la sortie du lycée. Commence alors une carrière de quatorze ans à bord des trains. « Quand j’étais plus jeune, je voulais déjà être contrôleur, j’ai donc choisi de faire un bac pro pour me former dès le lycée », précise-t-il.
La vie de cheminot
Au fil des années et de son expérience à la SNCF, Pascal Guglielmi vadrouille un peu partout en France et sur les réseaux ferroviaires : « J’ai été contrôleur à Tours sur des trains régionaux de la région Centre, puis à Lyon, à Marseille. J’accompagnais des trains de nuit aussi. Un coup je dormais à Rennes, le lendemain à Toulouse, puis à Genève… C’était bien », se souvient le futur reconverti. Toujours engagé et impliqué, il est même délégué du personnel et participe activement à la vie syndicale au sein de l’entreprise. Mais après plus de dix ans de métier, et après avoir obtenu sa mutation à Marseille, les choses changent et l’éloignent petit à petit du rail. « Je me suis retrouvé à n’être plus que sur des trains régionaux où j’étais beaucoup confronté à l’insalubrité et à la délinquance. Cela a participé à me dégoûter un peu du métier. Et étant délégué du personnel, j’étais aussi toujours dans le conflit permanent, on ne comprenait pas toutes les décisions et la SNCF commençait aussi à se réorganiser », explique Pascal Guglielmi.
Dans ce contexte de plus en plus difficile et inconfortable, qui l’interroge sur son avenir professionnel et son devenir au sein de la SNCF, il décide de se lancer dans un CAP pâtisserie tout en restant en poste. De quoi lui ouvrir des perspectives et apporter une première pierre concrète à sa future reconversion. Et puis l’opportunité qu’il attendait inconsciemment se présente : « C’est tombé par hasard, il y a eu des plans de départ volontaires avec la possibilité de se faire financer une formation à hauteur de 15 000 euros. La SNCF ne me plaisait plus, j’avais obtenu mon CAP, alors j’ai sauté sur l’occasion. J’ai quitté la SNCF en 2019 et j’ai fait une école à Paris avec un meilleur ouvrier de France. C’était très coûteux, mais grâce au financement, j’ai pu le faire et apprendre la vraie pâtisserie. »
Changer de métier et changer de statut
Après quatorze ans de vie de cheminot, Pascal Guglielmi fait donc le grand saut en se lançant dans la création pâtissière. « Après l’école, j’ai fait un stage à Paris et j’ai travaillé dans des boulangeries. Est-ce que j’ai choisi cette voie de reconversion par rapport à mon enfance ? Avec le recul oui, je pense. Mais je voulais surtout faire un travail manuel, créer quelque chose », ajoute ce dernier. De création il est justement question au quotidien dans sa nouvelle vie professionnelle. Car loin de se contenter d’apprendre un nouveau métier, il ouvre sa propre pâtisserie à Marseille en 2021 : « A l’origine, je me voyais rester travailler à Paris, ou même partir à l’étranger pour vivre des expériences parce que j’aime être libre. Mais à cause du Covid, j’ai dû rentrer sur Marseille. Là-bas, il n’y a pas beaucoup de pâtisseries, donc après le confinement je suis allé travailler un temps en Charente-Maritime. Et puis plutôt que de vendre mon appartement et de retourner à Paris, j’ai décidé de créer mon travail sur Marseille et de lancer ma propre pâtisserie. »
Un changement de statut qui boucle la boucle de sa reconversion et lui impose un nouveau défi : apprendre la vie et le travail d’un artisan entrepreneur. Pour cela, pas de recette miracle, il doit se donner corps et âme : « Je me suis battu à fond, au début je venais de 3h du matin jusqu’à 21h tous les jours. Et après quatre ans de travail, je suis fier aujourd’hui de dire que nous sommes une des meilleures pâtisseries de Marseille, on a du monde, ça marche bien. Que ce soit à la SNCF, dans le syndicalisme ou aujourd’hui, j’ai toujours tout fait par passion. » Et c’est, à n’en pas douter, un ingrédient clé du succès et de l’épanouissement professionnel.