Emploi

Valérie Brusseau: « La féminisation de l’industrie et de la tech est un enjeu de société »

L’association Elles bougent œuvre depuis 2005 pour favoriser la féminisation des métiers de l’industrie et de la tech. À l’occasion du 13e Forum Réseaux et Carrières au Féminin (4-6 février), un événement de recrutement en ligne, Valérie Brusseau, présidente d’Elles Bougent et directrice R&D dans l’industrie, rappelle les enjeux de l’inclusion et livre ses conseils aux jeunes femmes envisageant des carrières techniques ou scientifiques.

Pouvez-vous présenter l’action d’Elles Bougent ?

L’association Elles bougent fête ses 20 ans cette année. Tout est parti du constat du manque criant de femmes et de modèles féminins dans les métiers de l’industrie et de la tech. Elles Bougent a pour objectif de faire découvrir aux femmes et aux jeunes filles, collégiennes, lycéennes, étudiantes et arrivant sur le marché du travail, les métiers scientifiques et techniques. Et de montrer que ces métiers dits masculins sont accessibles aux femmes, en suscitant des vocations par la découverte et le témoignage. Notre raison d’être, c’est de susciter des vocations techniques et scientifiques depuis la primaire et jusqu’en école d’ingénieur ou jusqu’au premier emploi.

Pour déconstruire les stéréotypes et favoriser la projection, nous multiplions les événements et nous fonctionnons notamment avec un système de marraines. Avec notamment des visites d’entreprises partenaires et des rencontres avec des travailleuses de l’industrie et de la tech ; des salons professionnels (Global Industrie Lyon du 11 au 14 mars, Semaine de l’industrie fin novembre…) ; et enfin nos propres rendez-vous, notamment autour des nouveaux métiers dans l’IA, la transition énergétique et la décarbonation.

En termes d’emploi, vous organisez aussi chaque année un forum de recrutement ?

Notre Forum Réseaux et Carrières au Féminin est revenu cette année pour une 13e édition 100 % en ligne, du 4 au 6 février. C’est un rendez-vous de recrutement qui vise à mettre en relation des entreprises du secteur industriel avec des milliers de candidates de formation techniques et d’ingénierie, toujours dans un objectif de mixité dans ces milieux. Pour l’édition 2025, nous avons 3 000 inscrites, dont 570 jeunes diplômées, 1395 étudiantes et près de 1 000 candidates. Les femmes en poste ou en cours de carrière ne sont pas notre cœur de cible, mais certains événements comme ce Forum s’adressent aussi à ces profils et aux femmes en reconversion ou en recherche de poste dans ces domaines. Au global en 2024, les opérations d’Elles Bougent ont touché 45 000 filles et femmes en France.

Quels sont les secteurs et les métiers qui reviennent le plus ?

Comme nous sommes dans l’industrie et la tech, ce sont beaucoup de postes de techniciennes et d’ingénieures. Et il y a à la fois le secteur aéronautique, la défense, l’énergie, le ferroviaire, l’automobile, tous les métiers techniques de l’industrie, tout ce qui tourne autour de l’intelligence artificielle, de l’usine 5.0. La majorité concerne des postes pour des primo-accédantes sur le marché du travail, mais il y a aussi des opportunités pour des personnes plus expérimentées et des offres de stage. On couvre tous les métiers de l’industrie et de la tech. Beaucoup de candidates et d’employeurs restent en contact après le Forum en ligne, et des offres restent consultables sur la plateforme d’Elles Bougent.

La féminisation est un des leviers pour répondre à la pénurie de talents?

On ne peut pas susciter des vocations si on n’adresse pas les grands enjeux de l’industrie et de la tech qui sont la réindustrialisation, la décarbonation et l’intelligence artificielle. Et pour répondre à ces enjeux, nous avons besoin de tous les talents et de faire bouger les choses. La féminisation, c’est un enjeu de société. Aujourd’hui, les femmes représentent seulement 28 % des effectifs dans l’industrie et 24 % dans le numérique et les écoles d’ingénieur. À l’occasion de la journée internationale des droits de la femme, du 8 mars, nous organisons l’Equity Week du 3 au 8 mars. Avec des webinaires tous les jours pour les femmes visant des carrières scientifiques et techniques, pour les informer sur les métiers et les conseiller sur leur évolution. Toutes les informations pour s’inscrire sont sur notre site.

Quels conseils pouvez-vous adresser aux femmes et aux candidates sur ces métiers ?

Déjà, il faut rappeler que l’industrie et la tech recrutent et sont en manque de talent et de diversité. Ces domaines demandent avant tout des savoirs techniques et scientifiques, des compétences qui ne sont aucunement genrées. Pour peu qu’on ose, et que l’on brise les stéréotypes collectivement, tout le monde peut y avoir accès. Ensuite, ce sont aussi des secteurs où les niveaux de salaire sont confortables, ce qui peut aussi être un levier d’émancipation et d’équité. Et enfin, toujours dans l’idée d’enjeu sociétal : il est par exemple important de féminiser les métiers qui façonnent la tech et l’IA de demain, pour ne pas reproduire les mêmes biais masculins indéfiniment et favoriser la mixité.

Aussi, il y a la question de l’orientation professionnelle et des choix de carrière : 63 % des femmes en école ou cursus scientifique disent ne pas vouloir travailler dans l’industrie. Et beaucoup de femmes dans ces domaines subissent un important syndrome de l’imposteur lié à tous les stéréotypes de genre. Il faut briser ce cercle vicieux, briser les stéréotypes, s’inspirer des femmes pratiquant ces métiers. Pour ensuite, en cours de carrière, repousser le plus possible le fameux plafond de verre qui pèse aussi sur les carrières des femme

Crédit photo : Franck Dunouau

Ajouter un commentaire

Votre adresse IP ne sera pas collectée Vous pouvez renseigner votre prénom ou votre pseudo si vous êtes un humain. (Votre commentaire sera soumis à une modération)