Les territoires zéro chômeur de longue durée ont vu le jour en 2016 dans le cadre d’une loi d’expérimentation qui a été renouvelée en 2020. Aujourd’hui, une nouvelle loi vient de prolonger ce dispositif jusqu’à la fin de l’année et l’a étendu à dix nouveaux territoires.
Pour Rebondir, Laurent Grandguillaume, président bénévole de l’association TZCLD qui anime le projet, fait le point sur ce dispositif et ses perspectives d’évolution.
Le projet Territoires zéro chômeur de longue durée est expérimenté depuis 2016. Comment se met-il en place ?
Laurent Grandguillaume : Ce projet a pour ambition de permettre aux personnes privées durablement d’emploi, qui rencontrent des difficultés sociales et professionnelles, de bénéficier d’un contrat de travail et de faciliter leur insertion professionnelle. Dans chaque territoire volontaire, nous mettons sur pied un comité local pour l’emploi qui réunit l’ensemble des parties prenantes : mairies, collectivités, forces publiques comme France Travail, des acteurs privés ainsi que des personnes privées d’emploi qui peuvent participer aux échanges.
Le comité a pour rôle de recenser ce que les personnes veulent faire et de déterminer des actions qui peuvent coexister sur le territoire en complément des entreprises déjà en place. Notre objectif n’est pas de détruire des postes, mais d’en créer. Une fois que tous les éléments sont réunis, une entreprise à but d’emploi (EBE) est créée pour embaucher des chômeurs de longue durée en CDI payés au SMIC, afin de développer des activités utiles et complémentaires de l’écosystème territorial. Le coût du chômage est ainsi réinvesti dans l’entreprise.
Concrètement, le programme a été déployé dans 85 territoires en France, dans plus de 50 départements, et dans des villes de 5 à 10 000 habitants. Certaines entreprises ont pu embaucher 10 à 20 personnes mais dans certaines autres, jusqu’à 200 personnes ont pu retrouver un emploi. Les EBE relèvent du secteur de l’économie sociale et solidaire. Les actions qui sont menées sont orientées surtout vers des activités de recyclage, de mobilité alternative, de services aux entreprises et aux personnes…
Depuis 2016, combien de personnes ont retrouvé un emploi dans ce cadre ?
En tout, ce sont près de 8 000 personnes qui ont trouvé une solution sur l’ensemble des territoires. On compte près de 4 000 embauches dans le cadre des entreprises à but d’emploi et 4 000 autres personnes ont pu être remobilisées grâce à nos actions.
Depuis le début du projet, environ 15 % des salariés sont sortis du dispositif. Parmi eux, de nombreux seniors sont partis à la retraite et d’autres ont rebondi vers d’autres entreprises, sachant que si cette expérience ailleurs ne fonctionne pas, nous nous engageons à les reprendre. Les personnes qui ont été recrutées étaient au chômage, pour certaines, depuis plus de cinq ans. Et nombre d’entre elles ont des freins tellement importants – problème de santé, situation de handicap, aidance, monoparentalité… – qu’il est difficile pour elles de trouver un emploi dans une entreprise classique.
L’équipe de l’association BOREAL à Nantes
©Jean-Félix Fayolle
Quels sont les types d’entreprises qui existent et qui perdurent ?
Près de 80 % des structures créées dans le cadre du projet sont des associations ou des coopératives. Parmi elles, une champignonnière, qui était fermée depuis deux décennies à Châtellerault, a été relancée. Les Champis Clairvalois, à Scorbé-Clairvaux, produisent aujourd’hui plus de deux tonnes de champignons par mois et emploient une quinzaine de salariés.
A Mauléon, dans les Deux-Sèvres, l’entreprise à but d’emploi, qui compte 79 salariés, se démarque notamment par son activité de démontage de portes et fenêtres. Avant, ces éléments étaient enfouis mais depuis cette création, les portes et fenêtres sont démantelées pour en récupérer une partie tandis que le vitrage est recyclé par Saint-Gobain dans le cadre d’un partenariat.
Comment voyez-vous la suite du projet ?
Aujourd’hui, la loi votée prolonge le dispositif jusqu’à la fin décembre 2026. Dans ce cadre, dix nouveaux territoires vont expérimenter le droit à l’emploi. Tous les territoires qui participent sont volontaires pour combattre le chômage de longue durée à leur échelle.
Notre vision, c’est que le chômage n’est pas une fatalité, ni une finalité. Et quand on s’engage, on y parvient. Avec une limite néanmoins. Parmi toutes les personnes d’un territoire qui ont besoin d’un emploi, il arrive que certains ne veulent pas s’engager dans ce projet. Dans ces cas-là, on essaie de comprendre ce qui est bloquant et quand c’est possible, nous les accompagnons. C’est ce que nous avons fait pour les 4 000 personnes qui ont été remobilisées en dehors des EBE.
Le BM, un café cantine de quartier à Paris 19e.
Quels sont les freins à la pérennisation du dispositif ?
Le modèle reste coûteux pour l’Etat. Il repose sur le principe que le coût du chômage finance ces emplois. Avec un coût estimé à 46 milliards d’euros, nos emplois réinvestissent une partie de ce montant dans la création de valeur. On entend souvent que les demandeurs d’emploi peuvent trouver un emploi par eux-mêmes. Cependant, la réalité est tout autre : pour 400 000 emplois vacants, on compte deux millions de chômeurs de longue durée. Cependant, le modèle économique demeure fragile. Pour pérenniser ces entreprises, elles doivent générer un chiffre d’affaires suffisant, dans un contexte où les pouvoirs publics n’augmentent pas les fonds.
Pour autant, ce projet revitalise les territoires, développe des activités complémentaires, valorise des personnes éloignées de l’emploi et apaise les tensions sociales. Il ne résout pas tous les problèmes, mais l’impact est très positif : des personnes recommencent à consommer, à vivre socialement. Elles retrouvent de la fierté, et de la confiance. Ce projet transforme concrètement la vie de nombreuses familles. Au-delà de l’aspect financier, l’expérimentation est plus que bénéfique.