Après une carrière en tant qu’avocate, Virginie Delalande est aujourd’hui conférencière et autrice. Elle est aussi sourde de naissance. Un handicap qu’elle a transformé en force. A travers son expérience, Virginie Delalande partage des conseils concrets pour ne plus subir son handicap et mener la vie que l’on souhaite.
Vous venez de sortir un livre « Kiffe ton handicap », qu’est-ce qu’on y retrouve ?
On y retrouve ce que j’aurais aimé lire quand je subissais mon handicap, quand je le vivais comme un problème, comme une épine dans le pied. Je fais partie des personnes qui sont tombées en dépression, qui ont même programmé leur suicide. Dans ce livre, je partage tout ce que j’ai découvert pour mener une vie qui me ressemble et dans laquelle je n’ai pas le sentiment de subir. Aujourd’hui, je dessine une vie qui me plaît beaucoup.
Dans cet ouvrage, vous évoquez une force cachée pour parler de votre handicap. Quel a été votre déclic ?
Pendant longtemps, j’avais un gros sujet autour de la dignité. Il était impossible, pour moi, de demander de l’aide, ni même d’exprimer mes besoins, parce que je ne voulais pas perdre la face. Je ne voulais pas qu’on me colle l’étiquette de la faiblesse, ni qu’on freine mon ambition. Mais j’ai été forte trop longtemps et je me suis écroulée. C’est à ce moment que je me suis rendu compte que, quels que soient mes efforts, ma combativité, mon enthousiasme, j’arrivais toujours aux mêmes résultats. Ma dépression m’a obligée à me poser les vraies questions sur moi-même : qui suis-je ? Quelles sont mes valeurs ? Quels sont mes talents ?
Vous parlez aussi de vulnérabilité. Quelles sont les clés pour transformer cette vulnérabilité en atout ?
La première clé, c’est la persévérance. Je pense que la vulnérabilité permet de renforcer cette persévérance et de la rendre plus ludique et créative. Ensuite, il y a la confiance en soi, qui n’est pas quelque chose d’inné. La confiance s’acquiert par l’action, l’expérience ainsi que par toutes ces mini-victoires que nous arrivons à obtenir sur le terrain.
Enfin, la troisième clé consiste à oser demander de l’aide. Il est très difficile de solliciter les autres surtout quand on a un handicap. Cela peut sembler contradictoire, parce que tout le monde suppose qu’une personne en situation de handicap a forcément besoin d’aide, mais cela ne veut rien dire. Dans cette situation, on a souvent des problèmes d’acceptation, parce qu’on associe le fait de demander de l’aide à la perte de sa dignité ou au fait de se mettre en position de faiblesse. Or, savoir demander de l’aide, c’est une vraie force.
Comment changer de regard sur son propre handicap ?
Souvent, quand on vit avec un handicap, on a tendance à voir le verre à moitié vide, toutes les barrières, tous les freins que l’on subit au quotidien. A l’inverse, on a du mal à voir ce qu’on apprend, ce qu’on acquiert, les mécanismes de survie qu’on développe et surtout notre créativité face aux obstacles de la société. Par exemple, lorsqu’on a un handicap, on a l’habitude de travailler notre manière de communiquer et on a une capacité forte à faire preuve d’empathie. Or, lorsqu’on s’en rend compte, ces talents et ces compétences sont autant d’atouts que l’on peut transposer au monde du travail et qui font des personnes en situation de handicap de très bons managers.
Que dites-vous aux personnes en situation de handicap qui se sentent parfois rejetées par le marché du travail actuel ?
Malheureusement, je pense que lorsqu’on a un handicap qu’il soit visible ou non, on subit tous ce rejet. L’important, c’est de ne pas s’arrêter à cela et d’explorer les chemins de traverse. Et il y en a plein, on peut s’appuyer sur son entourage, faire des stages, de l’alternance, faire des candidatures spontanées, rendre des services. Ce qui est sûr, c’est qu’il faut parvenir à identifier des personnes de votre entourage qui croient en vous plus que vous-même. Ce sont elles qui vont vous ouvrir les portes.