Marché de l'emploi jeune emploi

6 propositions pour aider l’emploi des jeunes

, par Fabien Soyez

Temps de lecture estimée : 7 minutes

Comment aider les jeunes, qui se préparent à débarquer sur un marché du travail sinistré ? Qu’ils soient diplômés ou non, les 18-25 ans sont les plus exposés au chômage, suite à la crise du coronavirus. Des mesures exceptionnelles sont mises en place pour l’apprentissage à compter de ce mercredi 1er juillet. Mais pour limiter la casse à l’automne, d’autres mesures sont envisagées ; par le gouvernement, ainsi que par les économistes.

Selon l’Organisation internationale du Travail, plus d’un jeune sur six a cessé de travailler depuis le début de la pandémie de Covid-19. L’incertitude plane pour les 450 000 candidats à l’apprentissage, qui redoutent de ne pas trouver de contrat dans les mois à venir. Chez ceux sortis de l’université ou des grandes écoles, le flou domine aussi. Fin avril, l’Apec a constaté une chute de 69 % du nombre d’offres d’emploi pour les jeunes diplômés. Entre une forte concurrence et des salaires potentiellement revus à la baisse, leur entrée sur le marché s’avère compliquée.

Au total, 700 000 jeunes  s’apprêtent à débarquer en septembre sur un marché du travail sinistré, qui ne devrait pas leur être très favorable. Au point que certains parlent déjà d’une “génération sacrifiée”.

 

Génération déclassée

Plutôt que d’une génération “sacrifiée”, Xavier Joutard, économiste à l’OFCE, préfère parler d’une “génération déclassée”. Il fait ainsi un parallèle entre celle qui subit la crise du Covid-19, et celle qui a affronté la “grande récession” de 2008 : “elle aussi a intégré un marché du travail défavorable. On a pu constater, à l’époque, une accentuation des inégalités entre les plus diplômés et les moins diplômés. Il est probable que nous constations la même chose avec la génération 2020”.

45 % des jeunes les moins diplômés entrés sur le marché du travail en 2010 ont dû attendre 7 ans pour accéder à un CDI à temps plein, contre 65 % dix ans plus tôt. “On constate un décrochage très net pour cette catégorie de jeunes, et ce phénomène devrait s’accentuer chez la génération post-Covid. Les moins qualifiés seront les plus touchés par la crise”, prévient le chercheur. Les jeunes les plus diplômés semblaient de leur côté peu impactés par le ralentissement économique, mais les chercheurs ont pu constater un accès plus difficile au statut cadre, ainsi qu’un “déclassement professionnel” plus important.

“On observe une plus grande inadéquation entre leurs diplômes et les emplois qu’ils ont obtenu. Ainsi qu’un resserrement des salaires. Ceux de la génération 2020 vivront probablement le même scénario”, indique Xavier Joutard.

Comment, dès lors, limiter la casse à l’automne ? Plusieurs mesures sont envisagées ; par le gouvernement, ainsi que par les économistes.

 

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1 / Aider l’apprentissage

Pour aider les jeunes, le gouvernement a déployé ce 1er juillet des mesures exceptionnelles en faveur de l’apprentissage. Concrètement, il s’agit d’une aide pour les entreprises qui recruteront des apprentis entre juillet 2020 et mars 2021, s’élevant à 8000 euros pour les 18-30 ans.

Comme l’explique Muriel Pénicaud à Ouest-France, “le but est de garder le même nombre d’apprentis pour un budget global d’un milliard d’euros. Nous avons voulu passer le message aux entreprises que nous les avons aidées durant la crise, que nous continuons à les aider, mais que maintenant nous avons besoin d’elles pour nous aider à aider les jeunes.” Aucune condition ne sera requise pour les organisations de moins de 250 salariés, mais il y aura obligation d’atteindre 5 % de leur effectif en 2021 pour les plus de 250 salariés. Jusqu’à 20 ans, un apprenti ne coûtera donc rien à l’employeur et les candidats auront désormais six mois pour trouver un contrat.

“De telles mesures sont intéressantes, mais il faudra aller plus loin que l’apprentissage et essayer d’aider aussi, et surtout, les jeunes les moins qualifiés, qui sont, notamment, parmi les plus touchés par la pauvreté en France, estime Xavier Joutard.

 

2 / Aide à l’embauche

Comment aider les jeunes, au-delà de l’apprentissage ? Le gouvernement prépare d’autres mesures, dans le cadre d’un “plan massif” qui devrait être détaillé avant le 14 juillet prochain, et qui devrait coûter un milliard d’euros.

Première mesure annoncée : la création d’une aide à l’embauche des jeunes, sous la forme d’une prime ou d’un allègement de cotisations sociales. L’hypothèse d’une prime pour une embauche en CDI ou CDD de plus de six mois, a la préférence de Bruno Le Maire, ainsi que du Medef, au motif que “l’effet de levier est plus fort pour les non diplômés que les allègements de cotisations patronales”, déjà faibles pour les bas salaires. Mise en place dès septembre 2020, elle pourrait, estime le ministre de l’Économie, “rassurer beaucoup de jeunes dans notre pays”.

“La limite de cette aide, ce sont les effets d’aubaine : en effet, la plupart de ces emplois, même s’ils concernent surtout les jeunes sans qualification ni expérience, auraient été créés de toute manière”, observe Xavier Joutard.

 

3 / Amplifier la Garantie jeunes

Le gouvernement prévoit d’amplifier un autre levier : la Garantie jeunes.  Généralisé en France en 2017, ce dispositif, qui fait partie du “parcours contractualisé d’accompagnement vers l’emploi et l’autonomie” (PACEA), permet aux jeunes de 16-25 ans en situation de grande précarité, de bénéficier d’un “accompagnement renforcé” vers l’emploi ou la formation, par une mission locale. Il comporte des périodes de formation, des mises en situation en entreprise, un accompagnement social et professionnel. Il est assorti d’une aide financière de 497 euros par mois, pour faciliter leurs démarches d’accès à l’emploi.

“Ce dispositif, qui vise les jeunes sans emploi ni formation, donc les plus vulnérables, est plutôt efficace, et il faudra le développer. Mais attention toutefois : il pourrait se retrouver en concurrence avec d’autres dispositifs, comme celui des Écoles de la 2e chance, où les missions locales essaient aussi d’envoyer des jeunes… les mêmes que ceux qu’ils font entrer dans la Garantie jeune”, prévient Xavier Joutard. L’économiste redoute ainsi un “manque de coordination et de cohérence, qui risquerait de fragiliser le développement des Ecoles de la 2e chance”.

 

4 / Un “RSA Jeune” et une année d’études supplémentaire

Selon Xavier Joutard, deux autres dispositifs gagneraient à être développés : le RSA (Revenu social d’activité) et les emplois aidés. Le premier pourrait, explique-t-il, être étendu aux moins de 25 ans, comme le demandent les associations de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS). Gabriel Attal, le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Education et de la Jeunesse, se dit opposé à une telle extension pour les jeunes : “la création d’un RSA jeunes serait une défaite, car personne ne devrait grandir avec les minima sociaux comme horizon”, affirme-t-il dans Les Échos.

“Ce serait pourtant l’occasion d’assurer un revenu aux jeunes les plus exposés, afin de leur permettre de jouer le rôle d’atténuateurs de la sortie de crise”, indique Xavier Joutard. L’économiste remarque qu’ailleurs en Europe, notamment en Allemagne, au Danemark et au Royaume-Uni, les jeunes ont accès aux minima sociaux. Et que l’extension du RSA ne coûterait que 3 milliards d’euros maximum, “ce qui serait relativement peu comparativement à la perspective de fournir un filet de sécurité à des jeunes en mode survie, qui sans cela ne pourraient pas se mobiliser pour rechercher un emploi.”

De son côté, Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, imagine qu’une partie des 700 000 jeunes qui débarqueront sur le marché du travail en septembre pourraient être “gardés en apprentissage” ou “continuer à étudier une année de plus”, contre une rémunération équivalente au RSA.

 

5 / Emplois aidés et parcours emploi compétences

À plusieurs reprises, Bruno Le Maire a chassé l’idée de créer de nouveaux emplois aidés. Remplacés en 2018 par le parcours emploi compétences (PEC), les “contrats uniques d’insertion” et les “emplois d’avenir” permettaient aux personnes les plus éloignées de l’emploi d’être embauchées dans une entreprise pour une durée limitée, moyennant une subvention de l’Etat. Le ministre de l’Économie s’est toujours prononcé contre ce système. Quand il était candidat à la primaire de la droite, en 2016, il expliquait qu’il conduisait à une impasse”, et appelait à sa suppression.

Aujourd’hui, le PEC, toujours destiné aux personnes éloignées de l’emploi, allie un contrat de travail (CDI ou CDD de 9 mois minimum) à un “accompagnement renforcé” et des actions de formation que l’employeur s’engage à mettre en place. À l’issue du parcours, une “attestation d’expérience professionnelle” est remise au salarié. En retour, l’entreprise bénéficie d’une aide à l’insertion professionnelle de la part de l’État ainsi que des exonérations de charge.

“On a beaucoup critiqué les emplois aidés dans le secteur non marchand, avec comme argument qu’ils ne constituaient pas un véritable tremplin pour accéder à des emplois pérennes. Néanmoins, il faut bien voir que ces emplois peuvent là aussi jouer le rôle de filets, d’atténuateurs de la crise. Pour les jeunes, il est toujours mieux d’occuper un emploi que de rester inactifs ou au chômage. Et cela reste l’occasion d’acquérir, tout de même des compétences et de l’expérience”, note Xavier Joutard.

L’économiste appelle ainsi à développer le PEC, qui “va dans le bon sens en associant l’emploi à une certification”, puisque les formations sont souvent inscrites au RNCP (répertoire national des certifications professionnelles) et que l’attestation remise par l’employeur “envoie ensuite aux recruteurs le signal que le jeune candidat a des compétences reconnues”.

 

6 / Un jeune par entreprise, pendant 1 an, pris en charge par l’État

“700 000 jeunes qui vont arriver sur le marché du travail en septembre, c’est un problème majeur. Un pays ne peut pas se permettre d’avoir autant de jeunes en grande difficulté. Ce serait dangereux, économiquement, socialement et politiquement. il faut trouver des solutions qui n’ont rien à voir avec ce qu’on a imaginé”, remarque Jean-Hervé Lorenzi. En parallèle de son système de poursuite d’études rémunérées par le RSA, il imagine un accord, entre le Medef, la CPME et le gouvernement, qui permettrait de mettre en place un dispositif d’embauche d’un jeune par entreprise, pour un an.

Ce système, qui mobiliserait donc 700 000 entreprises, serait “pris en charge entièrement par l’État” et coûterait, selon ses calculs, entre 5 et 6 milliards d’euros. Pour l’économiste, “il y a urgence, et les projets du gouvernement d’incitation à l’embauche sont largement insuffisants en l’état ; de même que le PEC et les emplois aidés : les entreprises ne vont pas embaucher des jeunes dans les 3 mois qui viennent juste parce qu’on leur promet une prime à l’embauche, des aides ou des exonérations de charges. Il faut un accord général avec les dirigeants des organisations professionnelles, et un système intégralement couvert”.

 

 

Fabien Soyez

Fabien Soyez
Journaliste Web et Community Manager


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