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La crise du Covid-19 et les jeunes : vers une génération “déclassée” ?

, par Fabien Soyez

Temps de lecture estimée : 4 minutes

Les jeunes redoutent d’être les grands perdants de la crise sanitaire et économique du Covid-19. Dans l’immédiat, les étudiants ont du mal à pour trouver un job d’été ou un stage, et ceux qui sont fraîchement diplômés font face à des entreprises qui ne recrutent plus, ou très peu. Pendant ce temps, le Centre d’observation de la société décrit “des générations de plus en plus souvent déclassées”.

Cet été, les étudiants seront nombreux à ne pas avoir trouvé de CDD ou de missions en intérim. Malgré la reprise du travail, les entreprises recrutent encore peu. Même chez ceux sortis de l’université ou des grandes écoles, le flou domine. Fin avril, l’Apec a ainsi constaté une chute de 69 % du nombre d’offres d’emploi pour les jeunes diplômés. L’association pour l’emploi des cadres note en outre que 31 % des diplômés de 2018 sont actuellement en CDD ou en intérim, et que la pérennité de leurs futurs emploi est également menacée. Entre une forte concurrence et des salaires potentiellement revus à la baisse, leur entrée sur le marché s’avère compliquée.

 

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“Génération galère” ou “sacrifiée”

Selon le baromètre “Moi Jeune, Déconfiné et demain ?” 20 Minutes – OpinionWay, publié le 10 juin dernier, 60 % des 18-30 ans pensent qu’ils auront une vie moins facile que leurs parents. Pour qualifier leur génération, 36 % optent pour le terme “galère” et 35 % “sacrifiée”. Ils redoutent ainsi de payer le plus lourd tribut de la crise du Covid-19, d’autant plus que le chômage des jeunes est structurellement plus élevé que celui de l’ensemble de la population.

Fin 2019, l’Insee estimait ainsi que 19 % des moins de 25 ans recherchaient un emploi, soit deux fois plus que le taux de chômeurs dans la population active, alors à 8,1 %. Avec la crise, selon le ministère du Travail, entre 165 000 et 320 000 jeunes supplémentaires pourraient être au chômage au second semestre 2020.

 

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“Des générations de plus en plus souvent déclassées”

Les jeunes doivent-ils craindre un “déclassement” de leur génération ? “Les diplômes n’ouvrent plus l’accès aux mêmes positions sociales qu’il y a 35 ans. Les jeunes sont de plus en plus diplômés, mais la création d’emplois qualifiés n’a pas suivi”, écrivait déjà en mars dernier le Centre d’observation de la société, qui analysait alors les données du bilan Formation-emploi de l’Insee.

“A 30 années d’intervalle, entre 1983 et 2018, le même diplôme ne donne plus accès aux mêmes positions sociales : on assiste à un déclassement scolaire. A la sortie de l’école, une partie des jeunes diplômés est de plus en plus souvent contrainte d’occuper des emplois de niveau inférieur à ceux auxquels ils pourraient prétendre avec leurs titres scolaires. La jeunesse déclassée doit en rabattre sur ses exigences et descendre dans l’échelle sociale par rapport à ses espérances”, écrit l’organisme.

Le Centre d’observation de la société explique également que les carrières elles-mêmes sont devenues plus flexibles : “La mobilité vers le haut est plus fréquente en cours de parcours, mais vers le bas aussi. On parle alors de déclassement intragénérationnel”. Les jeunes seraient aussi, ajoute l’institut d’études, confrontés à un déclassement “intergénérationnel”.

“L’ascenseur social fonctionne toujours, mais aussi plus souvent en mode descendant : entre 1977 et 2015, la part des fils 5 âgés de 35 à 59 ans occupant une position sociale inférieure à celle de leurs pères a doublé de 7,2 % à 15 %. Pour les générations suivantes, il est possible que cette forme de déclassement soit encore plus importante”, précise ainsi l’étude.

La crise du coronavirus fera-t-elle empirer les choses ? Dans Libération, le président de la commission Insertion et Jeunesse du Cese, Antoine Dulin, note que “les jeunes sont les outsiders du marché de l’emploi” et ses “variables d’ajustement” quand il se contracte. Il craint ainsi avec le Covid-19 une multiplication des emplois précaires et un phénomène de déclassement. “Des jeunes bac + 5 vont accepter des offres destinées à des bac + 3, et ainsi de suite. En fin de course, ce sont les plus précaires qui vont être pris en étau”, redoute-t-il.

 

“Le déclassement des plus diplômés se traduit par une éviction des moins diplômés”

 

M.A.J du 6 juillet 2020 –

 

Dans son rapport “Emploi, chômage et revenu du travail”, publié le 2 juillet, l’Insee pointe du doigt la condition déjà alarmante des jeunes sans diplôme sur le marché de l’emploi en France, bien avant l’épidémie de coronavirus.

En 2019, la baisse du chômage ne concernait pas les jeunes de moins de 25 ans. Ainsi, le taux de chômage chez les plus jeunes est passé de 19,2 % à 19,9 % entre le dernier trimestre 2018 et le dernier trimestre 2019.

Selon les chiffres de l’Insee, répertoriés en 2018, une personne sans diplôme sur deux est sans emploi, tandis que le ratio pour les diplômés de l’enseignement supérieur est d’une personne sur sept. Si les diplômés ont toujours été favorisés dans l’accès à l’emploi, cet écart avec les non diplômés se serait ainsi accentué depuis les années 1980, en raison d’une “forte diminution de la part de non diplômés dans la société”, et d’un réel déclassement des diplômés.

“Le déclassement des plus diplômés se traduit le plus souvent par une éviction des moins diplômés”, observe l’Insee.

 

 

Fabien Soyez

Fabien Soyez
Journaliste Web et Community Manager


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