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Se reconvertir par la formation

, par Stéphanie Condis

Que ce soit par envie, par nécessité ou par opportunité, la réorientation professionnelle est un tremplin vers l’emploi, d’autant plus que la conjoncture sur le marché du travail est actuellement très favorable pour de nombreux métiers. Mais ce nouvel élan nécessite une bonne préparation, un accompagnement suivi et, bien souvent, un passage par la formation, courte ou longue, pour s’assurer du succès de son projet.

1 – Osez bifurquer !

Il semblerait bien que toutes les planètes soient alignées pour favoriser le grand plongeon vers la reconversion. C’est même une période inédite, selon Hervé Jouanneau, responsable du département conseil en formation et adjoint à la direction générale de Pôle emploi :

« C’est vraiment le bon moment pour se reconvertir, que ce soit par nécessité, opportunité ou envie. Car le nombre d’emplois à pourvoir est très important, beaucoup de métiers et secteurs recrutent partout en France. »

Avec la prise de recul et la quête de sens occasionnées par la crise sanitaire et ses confinements successifs, le choix de changer de vie professionnelle s’est de plus en plus imposé ces deux dernières années. « La prise de conscience que l’on aura plusieurs métiers dans sa carrière et qu’il faudra se former en permanence n’est pas nouvelle mais elle s’est accélérée avec la pandémie, observe Fabrice Yeghiayan, directeur national du développement de l’agence nationale pour la formation professionnelle des adultes (Afpa). Mais ce qui est nouveau, ce sont, tout d’abord les moyens mis à disposition pour se reconvertir grâce à la formation, avec la mise en place du compte personnel de formation ou CPF qui rend autonome et responsabilise chacun dans ses projets pour se former. On devient acteur de sa formation et on gagne en maturité. La société aussi a évolué dans le regard porté sur les réorientations professionnelles, même tardives, par exemple après l’âge de quarante ans. »

Ainsi, les verrous psychologiques et sociologiques vis-à-vis de la reconversion sont levés, les moyens financiers et les outils pour se former ont augmenté… il ne reste plus qu’à se jeter à l’eau ! Certains y ont été contraints, notamment les employés de l’hôtellerie-restauration, quand ils se sont retrouvés sans activité à cause des mesures sanitaires. D’autres ont souhaité faire de leur passion un métier ou se sont tournés vers une nouvelle vocation, parfois découverte grâce à des sessions de conseil en évolution professionnelle.

Bien souvent, il est indispensable de passer par une formation pour changer de voie. Et, là aussi, le contexte est encore plus propice qu’avant, grâce au développement des solutions en distanciel ou en mode hybride : on peut désormais plus facilement se former sans contrainte de localisation géographique ou d’emploi du temps, puisque les horaires peuvent être adaptés et les distances sont abolies avec la dématérialisation des formations.

La transition digitale s’est également répandue dans toute l’économie et c’est pourquoi le numérique est une excellente piste à explorer dans le cadre d’une reconversion : « 180 000 postes devraient être créés en France d’ici à 2030 dans les métiers de l’informatique et de la recherche, selon une étude de l’institution France Stratégie publiée en mars dernier, précise Soumia Malinbaum, présidente de la commission « emploi et formation » de Numeum, syndicat professionnel des entreprises du numérique en France. Le numérique englobe une grande diversité de métiers, qui sont pérennes et avec de bons niveaux de salaires. Parmi eux, des emplois opérationnels car il ne s’agit plus seulement de postes pour les ingénieurs. » Pas besoin d’avoir fait des études poussées ni d’avoir des diplômes élevés, l’informatique est un langage qui ne s’adresse pas qu’aux matheux, insiste-t-elle : « Il ne faut surtout pas s’autocensurer ! D’autant que le numérique permet soit de travailler dans tous les secteurs d’activités, soit de rester dans le même tout en transformant son métier par ces nouvelles compétences : par exemple, un commercial va évoluer vers l’e-commerce. Ou encore un conseiller dans une agence bancaire passe à la gestion en ligne des clients : c’est une reconversion qui suit une forme de continuité. » Et il ne faut pas croire que cela ne concerne que les jeunes. Au contraire, Soumia Malinbaum souligne que, face aux forts besoins en main d’œuvre, il faut trouver des viviers de talents jusqu’alors méconnus : « Ceux récemment diplômés ne suffisent pas à répondre à la demande des recruteurs, les profils en reconversion sont donc un recours important, et en particulier les femmes : les métiers du numérique sont faits pour elles, elles ne doivent plus hésiter ! » L’appel est lancé…

Lire aussi : Le numérique : un secteur qui ne cessera jamais de recruter

2 – Comment réussir sa reconversion

Avant toute chose, un bilan de compétences est nécessaire pour se rassurer et évaluer ce que l’on sait faire ou pas. Il peut, par exemple, se dérouler avec Chance, plateforme qui propose un parcours de trois mois en distanciel. Il inclut une séance de visioconférence par semaine avec un coach comme Kendaore Sonzogni, qui est aussi conceptrice et créatrice de programmes pour cette entreprise. La trentenaire a identifié sept conseils incontournables pour mener à bien sa reconversion. « Il faut commencer par prendre du recul, faire un pas de côté et un état des lieux : tout n’est pas à jeter dans votre situation présente, il est nécessaire de faire le tri entre ce qui vous plaît et vous déplaît, ce qui vous manque et ce que vous souhaitez… Et vous pouvez alors vous demander : vers où vais-je dans les cinq ou dix prochaines années ? quel est mon plan de carrière, ma vision, mon intention ? »

Le deuxième aspect essentiel, c’est de considérer qu’un emploi n’est pas seulement un métier :

« Il y a quatre dimensions à prendre en compte. Tout d’abord le travail au quotidien, avec les différentes tâches à effectuer. Ensuite l’environnement professionnel : la culture d’entreprise, le niveau de stress et de flexibilité. Puis la finalité, avec le sens et l’utilité de ce que vous faites. Et, enfin, vos impératifs personnels à la fois en termes d’horaires, de mobilité géographique et de contraintes financières : est-ce que vous avez de l’argent de côté ou bien un prêt en cours qui ne vous permet pas toutes les libertés…« 

La coach insiste aussi sur un élément capital : savoir renouer avec ses aspirations et ses moteurs. Au sens large, en tenant compte de ses hobby, loisir, sport, passion. Il ne faut pas hésiter à s’écouter, à écouter ses envies qui peuvent être un point de départ pour réfléchir aux pistes de reconversion. Mais attention à bien aligner motivation, réalisme, notamment par rapport aux secteurs plus ou moins porteurs, et faisabilité de la reconversion, en lien avec les compétences, prévient Kendaore Sonzogni : « Interrogez-vous : est-il nécessaire de vous former pour une montée en compétences ? Ou bien ce que vous savez déjà faire peut se transférer dans le métier visé ? » Elle combat aussi une idée reçue : « Le sens que l’on donne à sa reconversion et à sa nouvelle activité ne tombe pas du ciel : il se construit. » Et il peut se révéler au fur et à mesure que l’on progresse, selon la stratégie des petits pas conseillée par la coach : « Chaque avancée apporte un peu plus de confiance en soi et, même si l’on a en tête l’objectif final, on évite de trop se focaliser sur la montagne, qui peut paraître très difficile à atteindre. » Enfin, elle ajoute qu’il faut savoir s’entourer des personnes apportant du soutien dans la démarche de reconversion, d’un réseau riche ouvrant de multiples opportunités :

« Ayez à l’esprit de faire ce qui est bon pour vous, sans vous comparer aux autres. La décision vous appartient, mais ce n’est pas parce que vous êtes autonome qu’il ne faut pas demander de l’aide !« 

Justement, les accompagnements ne manquent pas, à commencer par ceux des conseillers en évolution professionnelle, par exemple via les associations « Transitions Pro ». Ou bien via Pôle emploi qui aide à faire le point, explique le responsable du département conseil en formation, Hervé Jouanneau : « L’enjeu est de savoir comment transférer les compétences d’un métier vers un autre car il existe souvent des ponts auxquels on n’avait pas pensé soi-même. »

Puis vient le temps de la confrontation avec le réel de l’activité envisagée, par l’information et grâce à une période de mise en situation en milieu professionnel, ou PMSMP, proposée par Pôle emploi. Le service « immersion facilitée » permet une mise en relation entre ceux qui veulent tester une expérience professionnelle et les entreprises prêtes à les accueillir. En effet, une passion peut se vivre dans la sphère personnelle mais quand elle devient un métier, c’est autre chose, donc il faut bien être conscient des éventuelles difficultés et contraintes. Le dispositif Activ’Projet de Pôle emploi aide ensuite à identifier la formation nécessaire. Car celle-ci est un indéniable atout pour se reconvertir, comme le montrent les pages suivantes.

Lire aussi : Changer de métier, changer de vie : du rêve à la réalité

3 – Le rôle clé de la formation

Les experts en reconversion professionnelle sont unanimes : la formation est incontournable. « L’obtention d’une qualification sécurise l’accès à l’emploi et sa durabilité, en permettant une évolution de carrière plus intéressante, assure Elisabeth Bonnemains, en charge des programmes à destination des publics les plus éloignés de l’emploi à l’agence nationale pour la formation professionnelle des adultes (Afpa). Sans cela, on risque de saisir ponctuellement des opportunités d’emploi qui ne sont pas pérennes. » Elise Bord-Levère, la directrice des programmes nationaux de l’Afpa renchérit :

« Les personnes non qualifiées sont souvent les variables d’ajustement des recruteurs. Elles ont pour priorité de trouver un travail et, par conséquent, préfèrent abandonner leur projet de formation, alors que cela leur permettrait de passer un cap.« 

En effet, pour certains, se former peut apparaître comme du temps perdu à court terme ou peut s’avérer intimidant, surtout quand on a connu auparavant l’échec scolaire. C’est pourquoi l’Afpa a mis en place, avec Pôle emploi, le dispositif Prépa Compétences : un accompagnement destiné, en priorité, aux chômeurs de longue durée et aux bénéficiaires du RSA, avec un faible niveau de qualification. « Il s’agit d’un parcours individualisé de dix jours à un mois, pour se préparer à une formation et découvrir un métier, détaille Elisabeth Bonnemains. C’est du sur-mesure et de la pratique, avec des plateaux techniques à disposition et des stages en entreprise. On travaille sur la manière d’apprendre et de s’organiser, on évalue les manques en termes de compétences, comblés par la formation à venir, au plus juste des besoins de chacun. » Un cursus suivi par Christina Seiller et Aurélie Simon-Villet (lire ci-dessous), qui a choisi de se reconvertir dans un métier habituellement considéré comme masculin. « Il faut arrêter d’associer un genre à une fonction et de dire d’emblée qu’on n’est pas fait pour tel ou tel poste, » s’insurge Fabrice Yeghiayan, directeur national du développement de l’Afpa. Beaucoup de secteurs n’arrivent pas à embaucher alors qu’en élargissant à des profils différents, en particulier aux femmes, ils résoudraient les problèmes de recrutements… « On cherche de plus en plus les compétences communes à deux métiers qui peuvent sembler sans aucun rapport, poursuit-il. Ainsi, l’Afpa a formé une coiffeuse à l’usinage, car cela demande les mêmes qualités de précision. Autres exemples que nous avons connus : les nombreuses passerelles pour devenir opérateur matériaux composites, que ce soit pour un vendeur de chaussures fan de surf, une couturière ou un poseur de fenêtres. »

En France, l’offre de formations est très large et riche rappelle Hervé Jouanneau, responsable du département conseil en formation de Pôle emploi : « Celles qui ont le vent en poupe sont les plus courtes, d’une semaine à trois mois. Elles peuvent être un marchepied vers un contrat de professionnalisation ouvert à tous, quels que soient l’âge ou le profil, et qui est un puissant outil de reconversion. » L’adjoint à la direction générale de Pôle emploi souligne par ailleurs que faire financer sa formation sans avoir le soutien d’un employeur est tout à fait possible : « Les demandeurs d’emploi bénéficient d’aides, sachant que Pôle emploi peut abonder quand on mobilise son compte personnel de formation, ou CPF. De plus, si la formation ciblée n’est pas éligible au CPF, Pôle emploi peut apporter un soutien financier à condition qu’elle ait le label Qualiopi, un gage de qualité. » A noter que les régions apportent aussi des aides selon les besoins en qualifications des territoires.

Témoignage d’Aurélie Simon-Villet, 33 ans, future plaquiste-carreleuse à Dijon

« Après un BEP dans les services à la personne, je me suis orientée vers la restauration puis la boulangerie, comme vendeuse et ensuite responsable de magasin. Après le premier confinement, j’ai fait un burn-out et, plutôt que tourner en rond, j’ai aidé mon père qui a une microentreprise de maçonnerie restauration. Voir immédiatement l’aboutissement de mon travail et poser du placo m’a plu. J’ai donc intégré, en septembre dernier, un parcours de l’agence nationale pour la formation professionnelle des adultes. J’ai directement enchaîné avec un cursus pour devenir carreleuse, en plus de plaquiste. Il se termine fin juillet. Et à l’avenir j’envisage aussi d’acquérir des compétences en plomberie, pour être capable de réaliser entièrement des salles de bain. »

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Stéphanie Condis
Journaliste


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