Dans les rues de votre ville ou à proximité d’un chantier, vous avez sans doute déjà croisé une ou un géomètre en plein travail. Et pour cause, ce métier est au cœur des processus du secteur du bâtiment. Problème, la France manque de géomètres et la fonction compte parmi les plus tendues en matière de recrutement. Valérie Tartacède-Bollaert, qui codirige avec son mari Fabian Bollaert le cabinet CTB géomètre-expert qui m’a ouvert ses portes, l’explique : « Géomètre, c’est un des plus vieux métiers du monde ! Mais cela reste très méconnu ou mal compris. Il faut parler de ce métier, le faire connaître, car il peut correspondre à tout le monde. Et notamment s’agissant du public féminin (la profession ne compte que 17 % de femmes, ndlr)«
À l’aide de ses appareils et outils spécialisés, le géomètre topographe est chargé de relever des mesures lui permettant de représenter sur un plan les formes et les détails d’un terrain ou d’un bâtiment. « On va faire un plan très précis avec les angles, les distances, la surface et toutes les caractéristiques nécessaires, qui servira ensuite à mener tel ou tel projet de rénovation, de construction, de parcellisation ou autres« , complète Fabian Bollaert, le second codirigeant.
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Une profession technique et pratique
Pour mener à bien ces différentes responsabilités, la profession mêle savoir-faire techniques et connaissances juridiques et réglementaires. « Il y a plusieurs voies d’accès et il ne faut pas obligatoirement être fort en maths, précise la patronne. Il faut juste être logique, méthodique et surtout rigoureux. » Pour s’orienter ou se reconvertir en tant que géomètre, le choix de formation est donc varié. En premier lieu, il existe un bac pro géomètre, qui peut ensuite ouvrir la porte à une poursuite d’étude via un BTS travaux publics ou au métier de géomètre-topographe. Toujours au niveau bac +2 : les titres professionnels (TP) géomètre topographe d’entreprise et technicien géomètre en cabinet. Et, enfin, le statut bien particulier de géomètre-expert est accessible en passant un diplôme d’ingénieur de niveau bac +5, dispensé par trois écoles : l’École supérieure des géomètres et topographes au Mans, l’École spéciale des travaux publics à Cachan et l’Institut national des sciences appliquées à Strasbourg. Le métier de « simple » géomètre-topographe que je suis venu découvrir implique des interventions de mesure et de représentation sans implication juridique directe, à la différence des prérogatives exclusives des géomètres-experts, dont le travail est très encadré. En France, on compte environ 2 000 experts inscrits à l’Ordre, qui emploient plus de 10 000 salariés. Ainsi, devenir géomètre-expert et lancer son propre cabinet peut être une perspective d’évolution de carrière parmi d’autres. Après un premier échange avec les deux patrons, me voilà confié à Quentin Konrad, géomètre de 32 ans, chargé de mission 3D après avoir été assistant technicien, puis technicien géomètre au sein du cabinet en sortie d’un bac pro. Après une rapide présentation des instruments, je m’équipe d’une parka de travail jaune pour braver la pluie qui guette – le métier de géomètre ne s’arrête pas aux premières gouttes ! – et je lui emboîte le pas pour une démonstration pratique dans les rues de Paris.
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Tout commence sur le terrain
Au quotidien, un géomètre-topographe est amené à se déplacer sur le terrain équipé d’un matériel professionnel de pointe très onéreux (le scanner 3D qu’il me confit coûte 70 000 euros !). Au coin d’une rue, nous installons le trépied et nous orientons le scanner vers un bâtiment à numériser. Concrètement, le scanner 3D balaye le terrain ou le bâtiment visé et réalise un nuage d’une multitude de points qui, une fois numérisés, permettront un rendu en trois dimensions. Sur la tablette reliée à l’appareil, je visualise en direct l’opération rendue en quelques minutes. « Pour certaines petites interventions. On peut faire les mesures sur le terrain le matin, puis traiter les données et sortir la modélisation et le plan dans la foulée l’après-midi, témoigne Quentin Konrad. Dans d’autres cas, je passe plusieurs jours entièrement sur le terrain. On peut donc être amené à travailler un peu avec les intempéries et le froid, même si on évite quand il pleut trop parce que cela peut fausser certains rendus. Mais c’est aussi ce qui me plaît, ne pas rester cantonné au bureau. Une fois qu’on rend le plan, notre rôle est terminé. » Après le scan 3D, place à l’appareil traditionnel du métier, le tachéomètre. Lui aussi sur trépied, il est utilisé pour mesurer des angles horizontaux et verticaux ainsi que des distances. Il nécessite ainsi des manipulations plus importantes que le scanner 3D. « On est sur une précision en dessous du mm et d’une seconde d’angle jusqu’à plusieurs km de distance« , m’indique Quentin. Après son explication et le calibrage de l’instrument, je vise un point de repère et je fais pivoter la lunette autour de l’axe vertical pour mesurer un angle. Les gestes doivent être très précis et efficaces.
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Un métier qui évolue à vue d’œil
Quentin me fait également la démonstration d’un vol de drone, en sa qualité de pilote assermenté. Car la profession évolue au gré des avancées technologiques, et l’apport des drones s’est affiné ces dernières années. « On apprend régulièrement à utiliser de nouveaux logiciels, à assimiler de nouvelles techniques. Et comme je faisais de la veille sur les nouvelles solutions, je me suis proposé pour passer le permis drone« , ajoute-t-il. En interne, il est ainsi un des trois géomètres autorisés à sortir le drone – après avoir fait les démarches et les demandes d’autorisation obligatoires – par exemple pour survoler et numériser un toit inaccessible à pied. Une façon pour lui également de gonfler ses responsabilités et de « monter en grade » au sein du cabinet tout en boostant un peu son salaire grâce à ses expertises. Le drone en question ne pèse que 250 grammes et son utilisation est moins contrainte que les engins plus lourds, mais le tout reste très encadré et surveillé. Grâce au retour visuel affiché sur le smartphone rattaché à la manette télécommandée, j’observe tout ce que le drone filme et capture. Autres nouveautés technologiques régulières : les logiciels informatiques et de numérisation 3D, toujours plus performants et profonds. « Notre métier a presque plus évolué en cinq ans qu’en 2 000 ans !« , lance le patron.
Pas de journée type
En l’espace d’une matinée seulement, je prends conscience de la diversité des tâches et des réalisations qui jalonne le quotidien des géomètres topographes. Juste après les relevés et les mesures sur le terrain, direction le bureau pour travailler à la modélisation et aux rendus sur ordinateur, avant l’envoi des plans aux clients. Sur le logiciel qu’on me présente, je découvre l’un des grands bâtiments sur lequel Quentin travaille ponctuellement depuis 2014 au gré des projets de rénovation : le centre d’affaires Lumière de Paris Bercy. J’ai face à moi des centaines de triangles oranges qui quadrillent tout le site, chacun représentant une prise de mesures ! « Aucune journée ne se ressemble, je ne fais jamais deux fois exactement la même mission, même quand il s’agit d’un même site« , me confie encore mon éphémère maître de stage. Quelle que soit la prestation ou la commande, le quotidien du géomètre est également marqué par l’important degré de responsabilité qui lui incombe. « La moindre erreur peut être très grave, confirme Fabian Bollaert. Nos conclusions et nos rapports ont un impact considérable. » Si vous vous sentez prêt à vous « mesurer » à ce métier multitâche qui compte de nombreux postes vacants, n’hésitez plus !
Photographies par Nathan Zlotowski et Mickaël Icard.