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Ces femmes qui ont trouvé leur place dans l’IA, l’industrie et le spatial

Elles dirigent des équipes en intelligence artificielle, pilotent des projets dans l’aérospatial ou interviennent sur des sites industriels. Dans des secteurs où les femmes ne représentent que 24 % des effectifs du numérique et 28 % de l’industrie, quatre professionnelles racontent leurs parcours qui illustrent les avancées, mais aussi les défis, de la mixité professionnelle.

Industrie, intelligence artificielle, numérique… Anne-Cécile Millot-Tournier, Laurine Bultel, Fatia Benmessahel et Johanna Tardieu évoluent toutes dans des milieux masculins, souvent à des postes à responsabilité. Si elles constatent leur sous-représentation en entreprise, chacune estime avoir sa place.

Prendre sa place naturellement

A la tête du département development partner experience group de Genetec, Anne-Cécile Millot-Tournier, dirige une équipe internationale de 80 experts en data science, machine learning et computer vision. Diplômée de l’ESSEC et Télécom ParisTech, elle assume son parcours atypique dans le secteur de la tech. « Quand je suis arrivée, je ne connaissais rien à cet univers, mais je l’ai toujours assumé. J’ai appris en faisant, en posant des questions. Aujourd’hui, je m’appuie au quotidien sur l’expertise technique de mes équipes pour construire des solutions adaptées aux besoins des clients », estime-t-elle.

Sa légitimité s’est construite au fur et à mesure. Si elle ne prend pas les décisions techniques, elle comprend les métiers et arbitre lorsque les visions divergent : « Il m’a fallu plusieurs mois pour prendre mes marques. Il a fallu que je digère et que je comprenne les enjeux. Le plus complexe, reste d’arbitrer quand deux experts ne sont pas d’accord mais j’y parviens en restant clair sur l’objectif que je me fixe qui consiste à trouver une solution en phase avec le besoin du client. »  

Johanna Tardieu, de son côté, suit un parcours plus classique. Diplômée de l’INSA Toulouse, elle enchaîne plusieurs expériences dans de grandes entreprises, dont Thales, avant de rejoindre Latitude, une entreprise française de l’aérospatiale, en tant qu’ingénieure système. « J’évolue dans un milieu masculin depuis mes études. Au début, c’était intimidant, surtout en sortant du bac. Mais aujourd’hui, je suis habituée surtout que les entreprises donnent les moyens aux femmes de se sentir à leur place », affirme-t-elle.

Latitude propose notamment un coaching 100 % dédié aux femmes pour les accompagner vers des postes techniques, de leadership ou de chef de projet. D’ailleurs, après son congé maternité, Johanna Tardieu retrouve son poste avant d’être promue cheffe de projets : « Et aujourd’hui, tout se passe bien. Je n’ai aucun souci pour faire passer mes messages. Je pense que j’apporte un cadre bienveillant et d’écoute qui permet aux membres de mon équipe de se sentir en confiance. »

Evoluer dans un environnement masculin

Pour autant, intégrer un milieu masculin pour une femme demande souvent adaptabilité et pugnacité. Fatia Benmessahel, diplômée de l’ESIEE Paris et ingénieure en génie industriel chez Atos et ancienne boxeuse de haut niveau, a l’habitude de ces environnements : « Très jeune, dans l’univers de la boxe, j’ai dû trouver ma place. Pour certains, boxer face à une fille était presque une punition. J’en ai fait une force : cela me pousse à réussir et à montrer mes capacités ».

Un état d’esprit que la jeune femme conserve dans son poste d’ingénieure. « Chez Atos, dans mon équipe, il y a plus de femmes que dans les usines mais la supply chain reste un univers très masculin. Même avec des compétences, il faut parfois composer avec la pression de devoir prouver ce dont on est capable. Avec le temps, et l’expérience, j’ai appris à transformer cette pression en moteur ».

De son côté, Laurine Bultel, ingénieure robotique et automaticienne chez DV Group, est la seule femme de son équipe. « Quand je suis arrivée en stage, j’étais déjà la seule femme, se souvient-elle. J’avais une petite appréhension mais mon intégration s’est très bien passée. Je suis en CDI depuis un an et demi et je ne perçois aucune discrimination, ni positive, ni négative au bureau. En revanche, il m’arrive de travailler chez des clients sur des sites industriels et d’avoir des remarques, même si c’est souvent de la curiosité ou de la surprise de voir une femme intervenir. Dans ces moments-là, il faut simplement rester professionnelle et maintenir sa posture. »

Le défi de la féminisation

De manière générale, dans certains secteurs, la lucidité est de mise : les femmes restent sous-représentées dans les postes techniques ou de leadership. Un manque de mixité que les quatre professionnelles regrettent. « Sur 80 collaborateurs, je compte une vingtaine de femmes dont plusieurs managers. Mais pour aller plus loin, il faut davantage de candidatures de femmes », déplore ainsi Anne-Cécile Millot-Tournier.

Or, l’enjeu se situe en amont, dès l’orientation. « Les stéréotypes de genre nourrissent encore l’autocensure. Nous devons rendre visibles les rôles modèles féminins pour permettre aux jeunes filles de se projeter dans ces carrières », insiste-t-elle.

Mentorat interne, interventions dans les écoles, engagement associatif : chacune agit à son échelle. Fatia Benmessahel met son double parcours à profit en accompagnant une association visant à féminiser des métiers comme chauffeur ou agent de sûreté. « À travers la boxe, l’éloquence ou le travail sur la confiance en soi, j’essaie d’aider d’autres femmes à dépasser les clichés », confie-t-elle.

Car au-delà de l’égalité, la mixité est aussi une question de performance. « Diversifier les profils, les genres et les cultures permet d’élargir les points de vue et d’améliorer les systèmes comme les organisations », conclut Johanna Tardieu.

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