Actualités

Festival UNIQUES : interview croisée de Thibaut Guilluy, DG de France Travail, et d’Anthony Babkine, cofondateur de Diversidays

Le 17 mai prochain, au Parc Floral de Paris, et les 15 et 16 mai partout en France, se tiendra le festival UNIQUES, consacré à l’égalité des chances en matière d’emploi et d’entrepreneuriat et porté par France Travail et ses partenaires. À l’approche de ce rendez-vous, Thibaut Guilluy, directeur général de France Travail et Anthony Babkine, cofondateur de l’association d’égalité des chances dans le numérique Diversidays, livrent leurs regards et leurs priorités en matière d’inclusion.

Quels sont les objectifs de ce premier festival de l’égalité des chances ?

Thibaut Guilluy : Le Festival UNIQUES est une co-construction de France Travail avec tous les acteurs de l’insertion et avec les entreprises mobilisées. Ce doit être un espace commun où les jeunes et les moins jeunes demandeurs d’emploi et actifs pourront découvrir et identifier les clés, les soutiens et les dispositifs utiles à leur insertion professionnelle. Quelle que soit leur situation, leur âge, leur singularité, leur handicap, leur orientation sexuelle ou religieuse, etc… C’est un événement pour aider les personnes qui cherchent à penser et préparer leur avenir professionnel et trouver des solutions concrètes pour trouver un emploi ou une activité. C’est en quelque sorte l’incarnation de la mission de France Travail, qui est d’accompagner la réussite pro de toutes et tous. Le festival aura lieu le 17 mai au Parc Floral de Paris, et l’ensemble des agences France Travail en région se préparent également à mener des événements les 15 et 16 mai.

Anthony Babkine : L’ambition était de construire une structure, un rendez-vous d’intérêt général autour du plus grand acteur de l’emploi et de l’insertion en France en mobilisant le tissu associatif, les acteurs de l’insertion et de lutte contre les discriminations et les entreprises. Et ce en adressant tous les sujets et toutes les sources de discriminations, d’éloignement de l’emploi et de freins à l’insertion. Nous sommes notamment partis d’un constat : 75 % des Français jugent notre société injuste et 57 % que l’égalité des chances dans l’emploi n’existe pas. Or, les solutions existent et sont nombreuses, mais sont trop souvent méconnues par celles et ceux qui en ont le plus besoin.

Il s’agit donc d’adresser tous les grands enjeux de l’inclusion ?

Thibaut Guilluy : Le terme UNIQUES porte tout son sens : chaque chercheur d’emploi est différent, chaque parcours professionnel est différent et les aspirations de chacun sont différentes. C’est là tout l’enjeu de l’insertion et de l’inclusion : accompagner des centaines de milliers de personnes vers l’emploi et la rencontre avec les employeurs. C’est pour cela que l’on revendique cette égalité des chances, qui fait partie des valeurs et de notre mission de service public : refuser que des personnes à compétences égales ou potentiel égal aient moins de chances que d’autres de saisir des opportunités professionnelles. Un exemple : l’industrie et le numérique qui recrutent encore très insuffisamment des femmes. Cet état de fait limite la capacité de ces secteurs à répondre à leurs besoins, à gagner en performance. Il n’y a donc aucune opposition à faire entre les enjeux d’égalité des chances et les enjeux de développement des entreprises, au contraire.

Anthony Babkine : L’idée étant de reconnecter les gens en manque d’orientation et de solutions avec les acteurs de l’emploi et les porteurs de solutions d’insertion, UNIQUES mise beaucoup sur le concret. On parle donc évidemment de lutte et de sensibilisation contre les discriminations avec des pavillons thématiques et des témoignages inspirants ; et de solutions directes, avec un pavillon dédié à l’emploi et à l’orientation (job dating, coaching, conseils juridiques…) et un espace dédié à l’entrepreneuriat pour tous (mentorat, témoignages…). Parmi les premières sources de discriminations dans l’emploi, on peut citer l’âge, il y aura donc également tout un parcours consacré au bien vieillir en entreprise, à la formation et à l’emploi des seniors. Que tu sois jeune ou vieux, que tu sois petit ou grand, que tu sois en situation de handicap ou pas, que tu sois issu d’un quartier, d’une zone rurale ou d’une grande ville, l’objectif c’est que tu repartes avec quelque chose entre les mains, une opportunité pro, un conseil, une inspiration, quelque chose pour réinventer ton quotidien et par exemple te projeter sur les métiers de demain.

À l’heure où la diversité et l’inclusion sont parfois malmenées, notamment outre-Atlantique, est-ce aussi un message fort envoyé à l’ensemble des acteurs de l’emploi et aux candidats ?

Thibaut Guilluy : Le lancement d’UNIQUES et la mise en place des différentes solutions d’insertion ne sont pas liés à ce moment politique affligeant qu’imposent aujourd’hui certains mouvements politiques, et notamment outre-Atlantique. Ces engagements sont consubstantiels à la philosophie de France Travail. Notre mission, c’est de permettre aux gens de trouver un emploi qui leur correspond et les meilleures opportunités possibles et d’aider les entreprises à trouver les meilleurs candidats, les meilleurs talents. Et cela reste vrai quelles que soient les conjonctures. Mais il est vrai qu’aujourd’hui est un bon moment pour rappeler des fondamentaux : l’enjeu n’est pas d’être pour ou contre l’inclusion, mais bien de tendre la main à toutes et tous et de les aider à prendre confiance et à rencontrer des entreprises.

Anthony Babkine : Il y a parfois un vent contraire qui souffle sur les sujets d’inclusion, alors même que les femmes représentent plus de 50 % de l’humanité, que les personnes en situation de handicap en représentent 20 %, les personnes LGBTQIA+ 10 %, les personnes racisées près de 30 % en France… Et si l’on prend l’ensemble des personnes concernées de près ou de loin par les discriminations en entreprise, on parle de 90 % de la population française. C’est pour cela que j’aime l’idée que tous ces enjeux soient placés sous le grand chapeau de l’égalité des chances. Ce terme d’égalité des chances est une promesse républicaine restée un peu vaine ces dernières années, d’où l’importance aujourd’hui de mettre en avant les solutions en action, les leviers pratiques et concrets, les structures associatives et d’accompagnement… C’est la machine France Travail qui se met en marche, avec la machine associative et la machine des entreprises. Sans cet aspect collectif, on ne peut pas avancer en matière d’inclusion.

Quel message pouvez-vous adresser aux candidats et aux demandeurs d’emploi ?

Thibaut Guilluy : Notre priorité, c’est d’accompagner et d’orienter vers l’emploi tout le monde tout au long de la vie professionnelle. Quand une compétence avait une durée de vie de plusieurs dizaines d’années auparavant, elle n’est viable que moins de 3 ans en moyenne aujourd’hui. Les changements de métiers et les évolutions sont permanents. Les chercheurs d’emploi et les candidats trouveront à UNIQUES et partout en France des événements pour découvrir des métiers, débloquer son potentiel et trouver des leviers de formation, prendre confiance en soi… Ensuite, il s’agit également d’ouvrir l’éventail des opportunités, d’être un connecteur pour des stages, des immersions, des apprentissages, des emplois, de l’alternance… Le festival UNIQUES s’étale sur trois jours, mais ce n’est qu’une concentration et une mise en avant exceptionnelle de ce que mettent en place France Travail et ses partenaires comme Diversidays toute l’année. Je terminerais par adresser un dernier message aux candidats et aux chercheurs d’emploi : tout le monde a un des talents et un potentiel parfois ignorés, et la clé, c’est souvent le manque de confiance et la conscience du champ des possibles. Prenez donc confiance, et les acteurs du service public de l’emploi seront là pour vous aider.

Anthony Babkine : L’objectif de ce premier festival, c’est de réunir entre 10 et 20 000 participants à Paris le 17 mai, et d’être à 100 000 participants partout en France. Notre association Diversidays s’est spécialisée sur les trajectoires de reconversion professionnelle, et je dis souvent que ce qui manque aux gens, c’est l’information. Avant de déterminer quelle voie ils vont suivre, que ce soit une reconversion, une formation ou autres, il s’agit de savoir ce qui leur est possible. Est-ce que j’ai ma chance ? Est-ce que des gens comme moi se reconnaissent dans tel ou tel environnement de travail ? Est-ce que je me sens légitime ? Le festival sera aussi l’occasion de rencontrer et d’écouter des role models inspirants, qui incarnent cette diversité et cet engagement pour l’inclusion. Le slogan est déjà pris, mais venez comme vous êtes ! C’est un festival gratuit, accessible et relayé partout. Soyez fiers de vos singularités et au moindre doute, rapprochez vous de France Travail ou des structures associatives.

Ajouter un commentaire

Votre adresse IP ne sera pas collectée Vous pouvez renseigner votre prénom ou votre pseudo si vous êtes un humain. (Votre commentaire sera soumis à une modération)