1) Accueillir et accepter le burn-out pour récupérer
En matière de burn-out, l’arrêt de travail n’est pas autosuffisant. La personne arrêtée doit se reposer très sérieusement pour récupérer, parce qu’elle a ses batteries complètement à plat, mais pas seulement. Le burn-out est un épuisement physique, émotionnel et mental, donc si on ne traite que le physique les deux autres parties sont délaissées. Il faut donc se faire accompagner et aider pour réfléchir à ce qu’il s’est passé pour ne pas rechuter. Le support médical est une nécessité, le burn-out est quelque chose de grave. Je n’accompagne pas quelqu’un qui n’est pas suivi médicalement. D’autant plus qu’il s’agit le plus souvent de personnes investies dans leur travail et qui souhaitent revenir le plus vite possible, n’ont pas l’habitude de s’arrêter. Personnellement, je leur dis stop : vous êtes HS et il est important de le comprendre pour se reconstruire. J’insiste donc sur la nécessité de déconnexion totale : un arrêt de travail ce n’est pas du télétravail, il faut couper les liens le temps de se régénérer.
2) Prendre du recul et identifier les causes du burn-out
Cette phase d’analyse est, selon moi, essentielle. Bien souvent quand on demande à un « burn-outé » pourquoi il est tombé, il a du mal à le définir, ou n’a pas conscience de toutes les causes. C’est pour cela que je prends l’exemple de l’arbre des causes, pour visualiser les ramifications qui peuvent aboutir au burn-out, qui est un mal insidieux qui s’installe au fil du temps. Management déficient, surcharge de travail, départs de collègues, manque de communication… Plein de causes sont possibles, et j’encourage les personnes à se poser beaucoup de questions pour mettre le doigt dessus. Il s’agit de se rendre compte que la chute ne tient pas qu’à un fait, mais à une succession de faits négatifs. Afin d’être plus vigilant à l’avenir. Le burn-out, c’est la rencontre entre des facteurs individuels et des facteurs organisationnels, il ne faut pas être dans la culpabilité de son propre burn-out.
3) Penser à l’après burn-out
L’introspection est indispensable pour passer à l’étape suivante : la réflexion sur son après burn-out et ce que l’on souhaite y mettre. Pour y réfléchir, je présente entre autres l’outil de la Boussole du bien-être, qui réunit les éléments qui contribuent à notre épanouissement (sommeil de qualité, alimentation saine et équilibrée, interactions sociales de qualité, activités qui vous font plaisir, pauses régulières et vacances, activité physique qui vous plaît). C’est comme un aide-mémoire à conserver à portée de main pour faire les bons choix. Je donne aussi un exercice concret : écrire « ce que je ne veux plus faire » (emporter du travail pour le week-end, traiter mes mails en dehors du temps de travail…) et « ce que je m’engage à faire » (prendre plus de temps pour mes proches, déconnecter ma boîte mail quand je quitte le bureau…). Cela donne le ton de sa feuille de route. Pour éviter une rechute et même prévenir le burn-out avant qu’il ne vous tombe dessus, il faut penser à soi et à ses besoins, comme une hygiène personnelle.
4) Réfléchir aux conditions du retour au travail
Une fois qu’on a mené tout ce travail préparatoire de reconstruction, d’analyse et de réflexion sur les changements à opérer, il s’agit de passer au concret en étudiant le champ des possibles pour la reprise du travail. Pour se remettre le pied à l’étrier et s’interroger sur la suite de son parcours professionnel, je cite des dispositifs d’accompagnement comme le conseil en évolution professionnelle (CEP) ou le bilan de compétences, gratuits ou finançables grâce au CPF. On peut aussi se relancer dans une formation durant son arrêt de travail, par exemple si l’on souhaite se reconvertir ou repenser sa carrière. Ou encore entamer une procédure de validation des acquis de l’expérience (VAE). Et je cite également deux dispositifs souvent méconnus : le rendez-vous de liaison, qui concerne les arrêts de plus de 30 jours et vise à maintenir un lien avec l’employeur et à informer sur les dispositifs existants et à mobiliser (action de prévention à la désinsertion professionnelle, visite de pré-reprise, mesures d’aménagement de poste…) ; et l’essai encadré, qui favorise le retour à l’emploi via une réinsertion progressive dans le travail (test de la capacité à reprendre un poste, d’un aménagement de poste, préparation à la reconversion…).
5) Préparer son retour
Le retour au travail est l’objectif, mais il ne doit pas se faire à n’importe quel prix ou sous n’importe quelles conditions. La hantise de toute personne ayant vécu un burn-out, c’est la rechute. J’encourage donc vivement à établir une feuille de route pour préparer la reprise du travail, qui reprend le cheminement réalisé étape par étape depuis la survenue du burn-out. Cela fixe des priorités et cela rassure, sous la forme de pense-bêtes : prendre soin de mon énergie, changements individuels à engager, besoins de changements organisationnels à exprimer à l’entreprise, signaux d’alerte à intégrer et surveiller… Dans le cas d’un retour dans son entreprise d’origine, cela peut aussi permettre de poser le cadre en contactant l’entreprise avant son retour.
S’agissant de la grande question du bon moment pour un retour, on ne peut jamais en être certain, mais il faut se dire que l’on a suffisamment restauré son énergie, suffisamment réfléchi à l’après et aux changements à opérer. Et surtout en parler avec son médecin traitant.
Pour aller plus loin : Welcome back to work: 6 étapes clés pour réussir son retour en entreprise après un burn-out, Maryline Machu-Combalot, Vuibert, septembre 2025