Pour les personnes en recherche d’emploi, en reconversion ou sur le chemin de l’entrepreneuriat, la réflexivité constitue un atout précieux pour mieux comprendre leurs motivations, valoriser leurs compétences et faire des choix professionnels plus éclairés. Encore méconnue, cette soft skill permet de prendre du recul sur ses expériences afin d’en tirer des enseignements utiles. Un véritable levier pour ne plus subir sa carrière, mais en devenir acteur.
Au-delà de l’introspection
La réflexivité va bien au-delà de la simple introspection. « Elle combine un regard sur soi et une réflexion sur ses expériences. Elle ne se limite pas à ce que l’on perçoit de soi-même, mais consiste aussi à prendre en compte les retours des autres pour mieux comprendre ses forces, ses points de vigilance et ses angles morts », explique Jérôme Hoarau, formateur et coach spécialiste des soft skills.
Autrement dit, la réflexivité consiste à analyser ses expériences, ses comportements et ses choix, ainsi que le feedback des autres, afin d’en tirer des enseignements utiles pour l’avenir. Pour Charlotte du Payrat, consultante et autrice de Et si on la jouait collectif ? (Eyrolles), cette démarche implique de réussir à remettre en question chez soi certaines habitudes, croyances ou manières de fonctionner. « Il ne s’agit pas seulement de résoudre un problème ponctuel, mais aussi parfois de repenser sa façon de voir les choses », résume-t-elle.
Mieux piloter sa carrière
Dans des parcours professionnels de moins en moins linéaires, cette capacité à prendre du recul devient particulièrement précieuse. « Le paradoxe du monde professionnel actuel est que nous avons souvent peu de temps pour réfléchir à notre propre parcours. Nous sommes très centrés sur l’opérationnel », observe Charlotte du Payrat.
Les périodes de recherche d’emploi, de reconversion ou de création d’entreprise offrent justement l’occasion de se poser des questions essentielles : qu’est-ce qui me motive réellement ? Quelles sont mes valeurs ? Quels sont mes critères non négociables ? « La réflexivité permet de mieux filtrer les opportunités professionnelles parce qu’on a appris à mieux se connaître », explique Jérôme Hoarau.
Cette démarche peut aussi aider à mieux valoriser son parcours. « Beaucoup de personnes sous-estiment la richesse de leurs expériences. La réflexivité permet de faire émerger les compétences que l’on peut transférer d’un métier à un autre », note Charlotte du Payrat.
Face à une offre d’emploi, de nombreux candidats se focalisent uniquement sur les compétences techniques demandées. La réflexivité invite au contraire à analyser l’ensemble de son parcours pour identifier les savoir-faire développés au fil des expériences : gestion de projet, communication, négociation, coordination d’équipe, résolution de problèmes ou capacité d’adaptation. Autant de compétences transférables qui peuvent être mobilisées dans des contextes très différents.
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Développer un état d’esprit de progression
La réflexivité nourrit aussi le « growth mindset », ou état d’esprit de progression. « Elle permet d’éviter de rester dans un état d’esprit figé où l’on répète les mêmes erreurs en se disant : « Je suis comme ça, je ne changerai pas ». Au contraire, elle nous pousse à apprendre et à évoluer », observe Jérôme Hoarau.
Cette capacité à tirer des enseignements de ses expériences devient aujourd’hui un véritable avantage dans des environnements professionnels où les métiers et les compétences évoluent rapidement.
Un levier de résilience
Perte d’emploi, licenciement, échec entrepreneurial ou recherche d’emploi qui s’éternise : les parcours professionnels comportent inévitablement des périodes difficiles. Dans ce contexte, la réflexivité peut aider à transformer les obstacles en apprentissages. « Elle permet de passer du mode émotionnel au mode rationnel. L’objectif n’est pas de nier ses émotions, mais de prendre suffisamment de recul pour comprendre ce qui s’est passé et en tirer des enseignements utiles », explique Jérôme Hoarau.
Pour l’expert en soft skills, la réflexivité conduit finalement à adopter le « neutral mindset », ou état d’esprit neutre : une manière d’observer une situation avec davantage de recul afin de rebondir de façon plus constructive. Au lieu de subir un échec, la personne cherche à comprendre ce qu’elle peut améliorer, conserver ou modifier pour avancer.
Une qualité recherchée par les recruteurs
Les recruteurs apprécient particulièrement les candidats capables d’analyser leurs expériences et d’apprendre de leurs erreurs. Cette qualité se repère souvent lors des entretiens, lorsqu’un candidat est capable d’expliquer ce qu’il a retenu d’un projet complexe, d’un échec ou d’un changement de poste.
Pour les entreprises, cette capacité constitue souvent un indicateur de potentiel. Une personne qui accepte les retours, sait se remettre en question et apprend de ses expériences sera généralement plus facile à intégrer et à faire évoluer. « Montrer qu’on sollicite régulièrement des retours de ses collègues ou de ses managers est aussi un signal très positif, ajoute Jérôme Hoarau. Dans un environnement où les métiers et les organisations évoluent rapidement, les entreprises recherchent également des collaborateurs capables d’apprendre en continu, de comprendre différents points de vue et d’adapter leurs pratiques lorsque le contexte change. »
Attention au piège de la suranalyse
Comme toute qualité, la réflexivité peut devenir contre-productive lorsqu’elle est poussée à l’extrême. « Le risque est de rester bloqué dans la réflexion sans jamais passer à l’action », prévient Jérôme Hoarau.
Autre écueil potentiel : transformer l’analyse de soi en autocritique permanente. Face à ce risque, Charlotte du Payrat recommande de rechercher un « juste doute » : « Il faut préserver son mental. Avant de se remettre constamment en question, il faut avant tout avoir une conscience claire de ses forces et de ses réussites. »
Enfin, il convient de distinguer la réflexivité de la rumination. La première vise à mieux comprendre une situation afin de progresser et d’agir. La seconde consiste à tourner en boucle autour des mêmes pensées sans parvenir à en tirer des enseignements utiles. Une réflexivité saine débouche sur des apprentissages et des décisions concrètes ; une réflexivité excessive risque au contraire d’alimenter l’anxiété et l’inaction.
À mesure que les parcours professionnels deviennent plus mouvants et que les compétences doivent être régulièrement actualisées, la réflexivité apparaît comme un véritable outil de pilotage de carrière. « Parce qu’elle aide à mieux se connaître, à apprendre de ses expériences et à s’adapter aux changements, elle s’impose ainsi comme l’une des soft skills les plus utiles pour construire un parcours professionnel durable », conclut Jérôme Hoarau.
3 exercices pour développer sa réflexivité
Le rendez-vous hebdomadaire avec soi-même
Chaque semaine, prenez quelques minutes pour faire le point sur les sept derniers jours. Posez-vous deux séries de questions : qu’est-ce qui s’est bien passé ? Et pourquoi ? Puis : qu’est-ce qui s’est moins bien passé ? Et qu’aurais-je pu faire différemment ? L’objectif n’est pas seulement d’évaluer les résultats obtenus, mais de comprendre les mécanismes qui les ont produits afin de reproduire ce qui fonctionne, et d’améliorer ce qui peut l’être.
Le défi des 30 jours
Pendant un mois, notez chaque jour ce que vous aimez réellement : une activité, une mission, une rencontre, une manière de travailler ou un sujet qui vous passionne. « On passe beaucoup de temps à réfléchir à ce que les autres attendent de nous, mais rarement à ce que nous aimons vraiment », note Jérôme Hoarau. Cet exercice aide à mieux se reconnecter à ses envies et à ses motivations profondes.
Le feedback ciblé
Développez une véritable culture du feedback. Osez demander régulièrement des retours à votre entourage professionnel sur un point précis : une présentation, un entretien, une prise de parole ou un projet. Plus la demande est ciblée, plus le retour sera utile. Par exemple : « Qu’est-ce que j’aurais pu mieux faire dans cette situation ? » Pour Jérôme Hoarau, cette habitude permet d’identifier ses angles morts et d’accélérer son apprentissage.