Actualités

Marie Eloy : « J’étais maman solo au RSA, je ne me serais jamais vue entrepreneuse ! »

Actrice du changement, Marie Eloy a fédéré des dizaines de milliers de femmes à travers « Femmes des Territoires », un réseau d'entraide pour créer son entreprise, et « Bouge ta Boîte », un réseau pour entrepreneuses aguerries. Rencontre avec une dirigeante engagée, à l’occasion de la sortie de son livre « Les femmes sauveront-elles le monde ? » (Eyrolles).

Pouvez-vous nous raconter votre vie d’avant ?

J’étais journaliste à Radio France Internationale. J’ai donc beaucoup voyagé, pour les sujets éducation et santé notamment, des sujets souvent dévolus aux femmes je dois dire. Ensuite, à la naissance de ma fille, j’ai cofondé une école Montessori, en Bretagne, qui existe toujours. En 2014, j’ai fondé Femmes de Bretagne, un réseau qui s’est dupliqué au niveau national en 2019. C’est désormais le plus grand réseau dédié à la création d’entreprise pour les femmes. On a sensibilisé 20 000 femmes l’année dernière, avec 90 antennes. Et puis, en parallèle, en 2016-2017, j’ai créé Bouge ta boîte, un réseau business pour les dirigeantes d’entreprises. On fait 5 000 réunions de travail par an dans 175 villes. J’ai enfin lancé, en 2020, Bouge ton groupe, qui propose des formations pour les salarié(e)s.

Quel a été le moteur pour créer votre tout premier réseau ?

J’étais alors entrepreneuse moi-même, puisque j’avais créé une école. Personnellement, j’étais maman solo au RSA, je ne me serais jamais vue entrepreneuse. Je n’aurais jamais osé pousser la porte d’un réseau, j’aurais eu l’impression d’être illégitime. J’ai donc eu envie de créer un réseau qui nous ressemble, où tout le monde peut s’entraider, où tout le monde est bienvenu, donc un réseau vraiment très bienveillant. Au début, c’était une plateforme collaborative, donc c’était assez innovant, mais je ne m’en rendais pas compte à l’époque. Le but était d’échanger, de partager son projet, de se donner des coups de pouce, etc. Puis, un jour, les membres m’ont dit qu’elles voulaient se voir en vrai. La première rencontre a été incroyable. Depuis, on en organise sur tout le territoire.

Qu’est-ce que ces rencontres apportent ?

De la solidarité, de l’entraide. En fait, les hommes ont appris à grandir en bande, en réseau, à s’appuyer les uns sur les autres, à se donner des coups de pouce et des coups de main. Nous aussi, mais dans la vie perso seulement. Donc, les bons plans baby-sitter, médecin, tout ça, on est au top. Mais, en revanche, nous, les femmes, n’avons pas la culture du réseau professionnel. Qu’on soit salariée ou entrepreneuse d’ailleurs, c’est exactement la même chose. C’est dommage parce que c’est là où tout se fait. C’est là où on trouve des clients, des opportunités business. C’est là où, au démarrage d’une entreprise, on va être aidé, challengé, mis en lien avec d’autres personnes. On va nous pousser à aller plus loin, on va nous faire gagner en compétences. Et puis, quand on est salarié, c’est la même chose ! On a souvent l’impression que pour participer à un réseau, il faut être hyper forte, dire qu’on est les meilleurs, mais pas du tout. On a conçu tous nos réseaux pour que chacun ait exactement la même place que les autres, c’est-à-dire qu’on est en sociocratie. Donc c’est le même temps d’écoute, le même temps de parole pour tous. Il faut juste venir avec son pitch, et même s’il n’est pas bon, on va vous aider à l’améliorer. Ce n’est pas du temps perdu !

Est-ce que l’entrepreneuriat féminin a progressé ces dernières années ?

Disons que quand j’ai créé Femmes de Bretagne, on me disait publiquement : « Qu’est-ce que tu vas faire avec un réseau de femmes où elles vont se crêper le chignon et faire du tricot ? » Aujourd’hui, cela serait impossible de dire cela publiquement. L’image de l’entrepreneuse a énormément évolué. En revanche, sur les chiffres, même s’il n’y a jamais eu autant de créations d’entreprises et autant de créations d’entreprises portées par des femmes que l’année dernière, on reste, en France, un des mauvais élèves de l’OCDE sur l’entrepreneuriat. Pour donner une idée, on dit toujours qu’il y a 36-38% de chefs d’entreprise femmes en France, ce qui arrange tout le monde. Mais dans les faits, sur 100 entreprises, on en a 22 portées par des femmes, 62 par des hommes, et le reste, c’est mixte. Donc, les 36-38, c’est mixte. Par ailleurs, l’entrepreneuriat des femmes est très engagé, c’est vraiment une locomotive de l’impact. Je le vois partout, dans toutes les villes. C’est un mouvement mondial. Et c’est souvent un entrepreneuriat de reconversion.

Quels seraient vos conseils pour les femmes souhaitant entreprendre ?

D’abord, d’être entourées. Il faut mettre toutes les chances de son côté et être accompagnées. En France, les trois quarts des entrepreneuses n’ont pas du tout été accompagnées à un moment de leur vie entrepreneuriale. Enfin, venez donc nous rencontrer, on part sur un tour de France à vélo : on commence le 11 avril. Il y aura des ateliers business, du networking et des conférences inspirantes le soir.

Ajouter un commentaire

Votre adresse IP ne sera pas collectée Vous pouvez renseigner votre prénom ou votre pseudo si vous êtes un humain. (Votre commentaire sera soumis à une modération)