Reconversion

Reconversion: et si vous deveniez prof?

En manque de recrues, le secteur de l’enseignement en général et l’Éducation nationale en particulier cherchent à attirer de nouveaux profils, tous âges et stades de carrière confondus. À tous les niveaux, ces métiers – autant porteurs de sens et d’utilité générale que difficiles et exigeants – ouvrent la porte aux reconversions et aux rebonds professionnels.

À l’approche de chaque rentrée ou presque, on entend le même refrain : les établissements manquent de professeurs et nombre de classes risquent de ne pas avoir d’enseignant le jour J. Pour la quinzième année d’affilée, l’intégralité des postes n’a pas pu être pourvue en 2025. Il manquait 26,5 % des postes à Créteil, 37 % à Versailles, 21 % à Mayotte, 77 % en Guyane… Pour y remédier, les établissements recrutent notamment de plus en plus de contractuels peu formés et encouragent à s’orienter ou se réorienter vers une carrière de professeur. Les métiers de l’enseignement s’affirment comme une piste de reconversion de plus en plus facilitée, du métier de professeur des écoles jusqu’à l’enseignement supérieur, en passant par le secondaire. « Toutes les académies sont concernées par la pénurie de profs, confirme Rémi Boyer, président et fondateur de l’association Aide aux profs, qui informe les aspirants professeurs et accompagne bénévolement les enseignants dans leurs évolutions de carrière, notamment hors de l’enseignement. Nous entrons dans des classes d’âge où les départs en retraite vont se multiplier. Face à cela, l’Éducation nationale a notamment conclu des accords avec France Travail, pour la publication d’offres de postes de contractuels et la facilitation de la reconversion. Environ 25 % de la masse salariale de l’Éducation nationale vient du privé. » Ces opportunités sont notamment détaillées sur la plateforme généraliste Choisir le service public et sur le site spécialisé devenirenseignant.gouv.fr.

Un métier utile

La découverte du métier peut donc s’opérer après une première partie de carrière loin des bancs. Ce fut le cas pour Caroline Diard, professeure associée à TBS Education, qui enseigne dans le supérieur en droit des affaires et management des ressources humaines depuis 2007, après une première carrière dans les RH. « Je faisais du conseil RH et j’ai commencé à donner quelques cours à la fac pour dépanner, raconte-t-elle. J’ai alors pris goût à la transmission. J’ai fait des vacations pendant un moment, avant de me stabiliser dans le supérieur en réalisant une thèse à 40 ans passés. Depuis, je me plais vraiment à transmettre une passion à des jeunes, à construire ma pédagogie. » Ce sens et ce sentiment d’utilité, ainsi que la conviction d’exercer un métier important pour la société, sont au cœur des projets de reconversion. Sans oublier la notion d’engagement. Pour autant, gare à ne pas idéaliser le tout. « On préfère dire aux aspirants profs de bien prendre le temps de s’informer sur le quotidien et les difficultés, explique Rémi Boyer. On propose, par exemple, un bilan en ligne pour savoir si vous feriez un bon enseignant. J’ai rassemblé toutes les informations utiles sur le site devenirprof.org. »

Que ce soit via un des concours consacrés (CRPE pour la maternelle et l’élémentaire, le Capes pour le collège et le lycée général, l’agrégation pour les classes préparatoires et le supérieur) ou via des opportunités contractuelles et des postes en vacation, l’enseignement se prête donc bien aux reconversions.

Portes ouvertes aux transitions de carrière

Pour les profils qui, comme Caroline Diard, viennent du privé, « il est possible de négocier son salaire, en tant que contractuel, souligne le fondateur d’Aide aux profs. Dans le cadre de l’échelle de rémunération du professeur certifié, ils peuvent demander que leur niveau d’expérience passée soit reconnu en partie. Une personne qui devient prof en cours de carrière peut ainsi prétendre à un échelon de rémunération qu’une personne ayant passé le concours mettra des années à atteindre. » Pour celles et ceux passant les concours après une reconversion, les deux tiers de la durée de l’expérience dans le privé peuvent aussi être pris en compte pour déterminer leur échelon d’entrée dans le métier, de même que les profils issus de la fonction publique en tant que contractuels non enseignants. Pour le reste, aucun professeur titulaire ne débute aujourd’hui sa carrière à moins de 2 100 € nets par mois.

Autre perspective intéressante : les possibilités de mobilité et d’évolution professionnelle, dans l’éducation ou en dehors. Si, selon Rémi Boyer, celles-ci restent limitées et que les demandes de mutation peinent souvent à aboutir, les possibilités de carrière sont diversifiées : « J’ai répertorié à ce jour 142 fonctions différentes en mobilité interne, avec plusieurs concours pour intégrer le personnel de direction d’établissement ou devenir inspecteur. Notre site Flexiprof.org aide les profs qui veulent évoluer professionnellement, dans la fonction publique ou en dehors. Reste que sur 100 enseignants recrutés, environ 3 réaliseront une réelle seconde carrière et 3 autres quitteront l’enseignement définitivement. »

Rémi Boyer est lui-même l’incarnation des possibilités de carrière au sein de l’Éducation nationale. Après une agrégation de géographie, il enseigne en collège pendant quinze ans, puis travaille en détachement au CNED pendant seize ans, en tant que responsable de formation et d’édition, avant de reprendre le
chemin des classes pour ses huit dernières années de carrière. « On remarque que les étudiants et salariés qui souhaitent devenir enseignants ne sont pas prêts psychologiquement, pas préparés au choc que constitue le face-à-face avec une classe. Il y a des cas de burn-out et de dépression dès les premières années. On a trop eu tendance à idéaliser ces métiers sans aborder les dimensions plus difficiles à gérer », rapporte le fondateur de l’association. Autrement dit, se reconvertir en tant que prof peut être très gratifiant, mais le projet ne peut pas se mener à la légère. Face à ce constat et fort de son expérience, Rémi Boyer conseille de privilégier le statut de contractuel. Du moins pour commencer : « Je préconise d’exercer le métier comme contractuel, au moins pendant deux ans, surtout dans le cadre d’une reconversion. Pour voir les avantages et les inconvénients avant de s’engager pleinement. » Cette démarche, de la découverte par le statut de contractuel, a également convaincu Caroline Diard : « Si cela ne nous plaît pas, on s’en rendra compte assez vite… Je connais également des personnes qui ne quittent pas leur ancien métier, mais qui prennent en charge un module ou quelques heures par semaine chaque année. » Une autre façon de se reconvertir – en partie cette fois – dans des métiers toujours gourmands en profils de tous genres.

Retrouvez l’intégralité de cet article dans le n°287 de Rebondir. Disponible sur notre boutique en ligne.

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