Avec le télétravail, la transversalité croissante des missions et le décloisonnement des équipes, une compétence se révèle plus précieuse que jamais en entreprise : le sens du collectif. Pourtant, celle-ci ne va pas de soi.
« C’est une compétence comportementale qui en orchestre d’autres, à développer donc de concert », explique Jérôme Hoarau, consultant en soft skills. « Elle exige d’abord une écoute active, qui implique de se décentrer de soi. Vient ensuite l’empathie, car sans elle, l’écoute seule ne peut créer une véritable connexion humaine. Sans oublier l’adaptabilité, capitale pour éviter les frictions. »
Travailler ensemble ne suffit pas
Il faut distinguer le travail en équipe, purement opérationnel, du sens du collectif. Ce dernier va bien au-delà : il engage une forme d’éthique professionnelle, où l’intérêt du groupe prime sur l’ambition personnelle. Une philosophie que confirme Jérôme Hoarau : « Le sens du collectif relève de la philosophie dans laquelle s’inscrit le travail en équipe. C’est l’idée de penser aux autres, même en dehors de projets communs. C’est l’idée de pouvoir donner un coup de main, ou demander de l’aide, à quelqu’un qui n’est pas dans la même équipe », précise Jérôme Hoarau.
Pour Alain Samson, coach et formateur en entreprise, le sens du collectif repose surtout sur l’ouverture d’esprit. Il invite à porter un regard inclusif sur ses collègues : « La première caractéristique des équipes gagnantes, c’est l’ouverture à la diversité. On a besoin de l’apport des autres pour réaliser à quel point ils nous complètent. »
Pour les employeurs, cette compétence est devenue non négociable, y compris à distance. « Une personne qui refuserait de développer cette compétence aura des difficultés à s’intégrer, ce qui générera inévitablement des conflits et des frictions dans l’équipe », avertit Jérôme Hoarau. Mais attention aux idées reçues : « C’est totalement compatible avec l’autonomie. On peut tout à fait être autonome (savoir prendre des décisions par soi-même, se motiver, avoir une discipline, s’organiser) tout en ayant cette intelligence sociale et ce côté collectif. »
Cette compétence devient même cruciale pour évoluer : « Plus on évolue dans l’entreprise, plus on endosse de responsabilités. Et ces responsabilités s’exercent de plus en plus avec et à travers les autres. Une personne qui veut évoluer mais qui est centrée sur elle, qui ne pense qu’à elle et pas aux autres, se heurtera à un véritable plafond de verre », observe Alain Samson.
Les signaux qui ne trompent pas, en entretien et dans le CV
Comment se manifeste cette compétence chez un candidat ? Selon Jérôme Hoarau, les signaux positifs sont multiples : « C’est une personne qui va être curieuse, poser des questions, s’intéresser à ce que l’on fait, essayer de se projeter dans l’équipe. ‘Qui fait quoi ? Si je suis dans l’équipe, comment ça se passe ? Est-ce que vous avez des rituels ?’ Toutes ces questions autour de la dynamique d’équipe sont un bon signe. »
À l’inverse, les “red flags” sont tout aussi visibles. « Une personne qui va constamment faire de la rétention d’information, vouloir s’approprier les succès, ou au contraire, rejeter la faute sur l’autre. » Si un candidat critique systématiquement ses anciens collègues, il s’agit ainsi d’un mauvais indicateur.
Pour valoriser cette compétence sur son CV, il faut dépasser la simple mention « sait travailler en équipe ». Jérôme Hoarau insiste sur la nécessité de décrire concrètement l’expérience, chiffres à l’appui : « Il faut expliquer comment était composée l’équipe, sa taille. Combien de personnes y avait-il. Quel était votre rôle. » Cette méthode s’applique autant à un projet professionnel qu’à une expérience bénévole, associative ou sportive, en précisant par exemple la nature du sport pratiqué et le nombre de coéquipiers.
Comment développer son sens du collectif ?
Pour développer son sens du collectif en situation de recherche d’emploi, en dehors de tout cadre professionnel, Jérôme Hoarau conseille simplement de passer à l’action : « La clé serait de vivre une expérience collective extra-professionnelle. Ça peut être du sport, une troupe de théâtre, du bénévolat. On a vraiment besoin de la mobiliser en action. » Ces activités permettent de mobiliser des compétences transférables au monde du travail et servent de preuves concrètes.
De son côté, Alain Samson ajoute que ces expériences favorisent également le développement d’une « aura relationnelle » bénéfique dans le cadre d’une recherche d’emploi : « Le jour où l’on s’intéresse aux autres, notre capacité à réseauter pour trouver un nouveau job est démultipliée. »
Jérôme Hoarau identifie toutefois trois freins majeurs à surmonter.
- Le premier est la défiance : « L’idée, ce n’est pas d’avoir une confiance aveugle, mais si par défaut, les personnes ne font pas confiance, cela risque de bloquer toute collaboration. »
- Le deuxième est l’ego mal placé : « Dès l’instant où on est trop centré sur sa personne, où l’on cherche à se placer au-dessus de la mêlée, on se coupe soi-même du groupe. La connexion ne se fait plus. »
- Enfin, le troisième est l’état d’esprit figé (fixed mindset) : « Le pire ennemi du collectif, c’est de penser : ‘c’est ma nature, je ne changerai pas’. Une fois qu’on est là-dedans, on n’est plus capable de s’adapter, ni d’écouter. On devient un mur. Il faut être ouvert aux autres et au changement. »
En poste, des gestes simples peuvent tout changer. Jérôme Hoarau propose de demander sincèrement à autrui : « Est-ce que je peux faire quelque chose pour t’aider ? » Alain Samson suggère quant à lui un exercice simple, mais concret : « Chaque matin, pendant deux semaines, envoyez un message de gratitude à une personne qui a amélioré votre journée la veille. Et essayez ensuite, réellement, d’écouter ce que l’autre vous répond. »
Mais tout ne repose pas uniquement sur soi, remarque Jérôme Hoarau : « Il y a une co-responsabilité. Si les collaborateurs ont leur part à accomplir, l’entreprise a un rôle important à jouer, à travers sa culture et son management.» Alain Samson abonde : un climat de travail nourrissant est une responsabilité collective, où chacun devient « un fournisseur d’émotions positives ».