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Handisport : Ryadh Sallem, un champion et un homme libre, sans limites

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Ryadh Sallem est un grand nom du handisport français, passé par la natation, le basket fauteuil et le rugby fauteuil. Et par sept Jeux paralympiques. Né sans jambes et avec une seule main atrophiée, il a fait du sport et du haut niveau deux piliers et deux sources d’expression et d’accomplissement. Il multiplie également les engagements associatifs et citoyens, notamment auprès des plus jeunes. À l’occasion de la Semaine européenne pour l’emploi des personnes en situation de handicap (SEEPH), il a accordé un entretien à Rebondir.

Quel regard portez-vous sur votre carrière et vos engagements quand vous regardez dans le rétroviseur ?

Je reste nostalgique du futur. Et j’ai toujours au fond de moi l’envie d’avoir la médaille paralympique, la seule qui me manque. Pendant longtemps, on entendait beaucoup de promesses sur le monde de demain, où on parlera l’espéranto (projet d’une langue universelle et rassembleuse, ndlr) et où tous les peuples seront amis et rapprochés, mais ça n’est pas venu. J’ai donc cette nostalgie chevillée au corps.  

Comment avez-vous apprivoisé votre corps et comment le sport est-il arrivé dans votre vie ?

Je suis ce que l’on appelle un enfant du thalidomide, un médicament que l’on donnait aux femmes enceintes et qui a causé de graves malformations congénitales. Je suis né sans jambes et avec une seule main atrophiée. Au début de ma vie, je n’ai pas vraiment apprivoisé mon corps, je l’ai subi comme beaucoup de personnes handicapées. Pendant l’enfance, on ne s’en rend pas vraiment compte, mais cela devient une vraie question à l’adolescence, parce que le corps devient le sujet principal pour créer des relations amicales, amoureuses ou autres. C’était compliqué, mais j’ai eu la chance d’avoir des éducateurs qui nous mettaient au sport. Je n’étais pas vraiment un compétiteur dans l’âme, j’étais plutôt un rêveur et un artiste. Mais j’ai découvert toute la beauté du sport, en sortant de l’hôpital et des centres de rééducation et en allant à la rencontre des autres. Petits, on joue à la guerre pour s’amuser, eh bien le sport c’est ça, c’est une guerre pacifique. Le sport m’a fait grandir et m’a presque sauvé la vie en me donnant un sens.

Quel est votre meilleur souvenir de carrière ?

Quand j’ai fait mes premiers Jeux à Barcelone à 21 ans, j’ai compris la puissance et le sens du sport. Le fait de rencontrer autant de peuples, de langues, de couleurs, de religions… On se prend une claque et on s’ouvre l’esprit sur la différence et la richesse de l’humain. Et en plus j’étais fan de basket et de NBA et c’était l’époque de la Dream Team ! Ensuite j’ai eu plein d’autres moments forts, et puis il y a eu les Jeux de Paris. C’était juste incroyable. J’ai eu la chance d’être à la fois athlète et dans le comité d’organisation et je suis très fier de ce que l’on a réussi à faire. Cette édition des Jeux a eu un goût tout particulier, j’ai vibré chaque jour.

Le sport et le haut niveau vous ont-ils aidé à mieux vivre votre handicap ?

Cela m’a pacifié, cela m’a permis d’être en paix avec mon corps. Pendant l’enfance et l’adolescence, mon corps était douloureux et manipulé par le monde médical et paramédical. Pendant les séances de kinésithérapie, j’avais mal et j’avais du mal à l’accepter. Puis je me suis rendu compte que dans le sport, je pouvais me faire dix fois plus mal en l’acceptant. La passion et le sport subliment la douleur et lui donnent un sens. Et c’est aussi ce qui m’a permis de développer mon autonomie.

Votre association Cap Saaa fête ses 30 ans cette année, c’est aussi un grand marqueur de votre vie ?

Tout part d’une bande de copains, on avait envie de faire du sport, de s’amuser, de fédérer nos passions. C’est pour cela que notre nom est Cap Saaa, pour Cap sport, art, aventure, amitié. Aujourd’hui, nous sommes un des plus grands clubs parasportifs de France, affilié aux fédérations handisport et sport adapté. Et on développe tout un programme sur la citoyenneté des jeunes et un autre très prononcé sur le développement du parasport féminin. L’association fait beaucoup de prévention et d’intervention dans les écoles, en utilisant le sport comme outil pédagogique.

La résilience et la détermination, c’est ce que vous conseillez en priorité aux personnes concernées par le handicap au cours de leur vie ?

La résilience elle appartient à chacun. Et l’engagement est inspiré par les gens qui vous entourent. C’est donc primordial d’être entouré et de créer des liens. L’autre est souvent la solution, mais pour cela il faut oser aller vers l’autre. Une grande partie de ce que j’ai vécu, je l’ai vécu parce que j’ai été inspiré par d’autres personnes handicapées et parce que les anciens m’ont guidé. Le meilleur des médecins n’a pas forcément les réponses pour votre quotidien. C’est là où le monde associatif et collectif peut vous apporter des solutions.

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