Emploi

TDA et TDAH : comment dompter les difficultés au travail et en tant que candidat ?

En tant que candidat et au cours d’une carrière, être porteur d’un trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité peut induire des difficultés en termes de concentration, d’organisation ou d’impulsivité. Pour limiter leur impact sur vos transitions professionnelles, retrouvez les conseils de Sabrina Menasria, spécialiste de la neuroatypie, fondatrice de Singularity Talent, et auteure de "Intenses : les sept clefs de la réalisation de soi" (Singularity).

Pour celles et ceux dont le cerveau et les neurones « fonctionnent différemment », la vie en entreprise et les démarches de candidature peuvent s’avérer délicates à gérer et pleines de difficultés à surmonter. D’autant plus si les interlocuteurs (recruteur, RH…), l’environnement professionnel ou les collègues de travail ne sont pas sensibilisés à la neuroatypie et aux caractéristiques bien particulières des profils porteurs d’un trouble ou d’une condition neurologique. Parmi les conditions pouvant directement impacter la carrière et l’évolution professionnelle, les troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA et TDAH) sont synonymes de difficultés potentiellement très pesantes au travail. « Les TDA concernent 5 % de la population française, explique Sabrina Menasria, elle-même diagnostiquée haut potentiel intellectuel (HPI) et conférencière et formatrice sur la neurodiversité. Ces troubles se caractérisent par deux éléments principaux. Le premier, c’est le déficit attentionnel, la difficulté à conserver une attention constante sur un sujet ou une tâche. Le deuxième, pour les personnes TDAH, c’est l’impulsivité et l’hyperactivité motrice, une difficulté à retenir ses actions et ses impulsions, qu’elles soient motrices ou verbales. C’est ce qu’on appelle un déficit d’inhibition, les porteurs d’un TDAH ont du mal à se retenir de bouger, d’agir, de parler. »

Prendre conscience de son trouble

Sur la base de ce descriptif, on comprend donc aisément les difficultés qu’un TDA ou un TDAH peuvent induire dans le monde du travail : difficultés à s’organiser, à gérer des timings, à ne pas se disperser, à échanger efficacement avec les autres. « Comme pour les autres troubles neuroatypiques, le fait d’être diagnostiqué tôt est très important, affirme Sabrina Menasria. D’autant que pour le TDAH, on retrouve des problèmes de comportement qui peuvent émerger à l’enfance et à l’adolescence, menant à ce qu’on peut appeler des sorties de route très jeune. Ne pas être détecté et ne pas être bien accompagné représentent des risques pour l’avenir et le développement. » Vis-à-vis des parcours de carrière, la spécialiste retient plusieurs difficultés récurrentes : « La structuration des tâches, le fait de planifier, d’organiser leur travail, de respecter des horaires. L’organisation au sens large, c’est vraiment la difficulté qui ressort, de même que se concentrer sur certaines tâches perçues comme inintéressantes ou de s’adapter au rythme de l’entreprise. » Autant d’écueils pesants, que l’on soit candidat en recherche d’emploi ou déjà en poste. « À la rigueur, quand on est en poste, on a un cadre, mais quand on cherche du boulot, on est seul et autonome. Et c’est là où se structurer, faire des relances, ne pas se lasser si ça n’avance pas, devient d’autant plus compliqué », ajoute Sabrina Menasria.

Comment limiter l’impact et les difficultés ?

Pour apprivoiser son TDA ou son TDAH, il s’agit d’adopter des réflexes et des stratégies pour contenir ses écarts, voire mieux révéler ses forces. Parmi les bonnes pratiques : établir des listes de tâches claires pour hiérarchiser et mieux gérer ses priorités, utiliser un agenda ou un planificateur, ou encore utiliser des outils et applications numériques pour gérer son calendrier ou prévoir des rappels d’échéances. « Je conseille aussi parfois la méthode Pomodoro (travail par intervalles de 25 minutes suivies de courtes pauses pour maintenir la concentration et éviter la fatigue, ndlr), rapporte la spécialiste de la neuroatypie. Un autre outil pratique pour faire de la priorisation, c’est la matrice d’Eisenhower, qui classe les tâches à effectuer en fonction de leur urgence et de leur importance. » En outre, certains profils TDAH diagnostiqués et suivis se voient prescrire des palliatifs, pour atténuer certains symptômes et favoriser leur efficacité et leur productivité sur une période donnée.

« Un autre grand enjeu quand on est porteur d’un TDA ou TDAH, c’est le rapport aux autres et à son environnement. On peut donc aussi conseiller d’éviter autant que possible les stimulations et les endroits où il y a constamment de l’activité et des interactions, pour favoriser la concentration. C’est pour cela qu’être placé à côté d’une fenêtre peut être bienvenu. Et concernant le rapport aux autres, on peut rapidement décrocher, il faut donc s’interroger, en parler avec son manager et ses collègues si besoin pour mieux se comprendre et s’adapter les uns aux autres. Attention toutefois, il faut en parler en prenant bien soin d’expliquer ses modes de fonctionnement et ses difficultés, pour éviter toute incompréhension et les phrases du genre ‘tu n’as pas pris ton traitement ?’ S’ils sont bien intégrés et qu’ils s’organisent bien, les profils TDAH sont très créatifs et ont une forte capacité à délivrer de manière très volontaire et spontanée », complète Sabrina Menasria.  

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