« J’ai créé ma structure d’accompagnement sur un constat : les personnes neuroatypiques sont des profils aux capacités et aptitudes nécessaires aux entreprises, mais qui peuvent être en souffrance parce qu’on ne parvient pas à mettre en avant leur talent, souvent caché, explique Sabrina Menasria, elle-même diagnostiquée haut potentiel intellectuel (HPI) et conférencière et formatrice sur la neurodiversité. Quelle que soit leur condition, les neuroatypiques rencontrent des difficultés, car leur mode de fonctionnement est très éloigné de la norme. » Pour qualifier ces profils bien particuliers et dédramatiser leur différence, la spécialiste privilégie d’ailleurs souvent le terme et l’idée de singularité. « Selon une estimation, 20 % de la population est porteuse d’une neuroatypie, et 80 % de ces personnes ne se savent pas concernées, ajoute la fondatrice de Singularity Talent. En tant que porteur d’une condition cognitive, il faut adresser ces différences et sa zone de talent pour tirer le meilleur de soi et ne pas se pénaliser dans ses démarches. Je préfère d’ailleurs privilégier le terme de condition à celui de trouble, parce que c’est moins pathologisant. »
Les troubles DYS : des difficultés très variées
Parmi les différents troubles cognitifs qui peuvent impacter une carrière professionnelle, les troubles dys se distinguent par leur diversité (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dyspraxie, dysgraphie…). « En ce qui concerne les troubles spécifiques du langage et des apprentissages, dont font partie la dyslexie ou la dyscalculie, les personnes rencontrent des difficultés pour les livrables et rendus rédactionnels ou oraux. C’est notamment pour cela qu’on voit beaucoup de personnes atteintes de troubles DYS s’emparer très tôt des outils d’intelligence artificielle pour produire et se corriger », rapporte Sabrina Menasria. Pour rappel, les troubles DYS désignent ainsi un ensemble de troubles cognitifs spécifiques qui affectent des fonctions comme le langage, la lecture, l’écriture, la coordination ou encore la capacité d’attention. Ils apparaissent dès l’enfance et sont durables, tout en n’étant pas liés à une quelconque déficience intellectuelle ou à un déficit sensoriel. D’où l’importance considérable d’un diagnostic effectué le plus tôt possible, pour limiter l’impact à l’âge adulte et l’incompréhension des difficultés rencontrées. Et être accompagné par des professionnels.
Comment se positionner ?
« Pour les personnes concernées par une de ces conditions neurocomportementales, l’une des premières questions à se poser, c’est de savoir si on souhaite en parler ou pas, dans le cadre d’une candidature ou d’une intégration en entreprise, souligne Sabrina Menasria. On est encore dans une époque où beaucoup pensent que la dyslexie signifie ne pas savoir écrire ou ne pas être capable de produire du contenu. Décider d’en parler permet donc de dédramatiser tout cela et de bénéficier d’éventuels ajustements et aménagements si nécessaire. C’est pour cela que je conseille de s’assurer lors de l’entretien de la capacité de l’entreprise à comprendre sa particularité et à fournir des outils si besoin. » Pour cela, et si votre profil le nécessite, l’obtention de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) ouvre la porte à des financements et à des aménagements de poste.
Autre point d’attention selon la spécialiste : la question de la confiance en soi et de la posture professionnelle. « Les personnes DYS sont des profils qui manquent cruellement de confiance en elles, qui sont sur la réserve parce qu’elles sont toute leur vie en zone d’efforts. Elles souffrent par la lecture, l’écriture ou d’autres activités professionnelles. Plutôt que de partir du mauvais pied, je conseille donc de mettre en avant dès les premiers échanges ce qu’elles apportent, notamment en termes de soft skills. Les profils dyslexiques et dyscalculiques ont souvent des capacités créatives très impressionnantes par exemple, un sens visuo-spatial très développé, un sens de l’entrepreneuriat et de l’initiative forts », affirme l’auteure.
La dyspraxie, qui désigne les troubles de la coordination et du mouvement, peut quant à elle nécessiter des indications claires et une anticipation des déplacements : « Quand on est dyspraxique, on peut être perdu dans un environnement spatial, être confus et s’éparpiller, et le rapport au temps est très distendu. Il est donc important avant un rendez-vous ou un entretien de bien s’assurer de la date, de l’adresse, de demander des précisions ou des indications par mail et de prendre de la marge pour éviter un retard. Et là encore, en parler en transparence peut éviter de donner l’impression d’un manque de fiabilité. » Quelle que soit la condition DYS, les décisions en termes de communication sur la question et d’ajustements à opérer restent à adresser au cas par cas, comme le souligne Sabrina Menasria : « Si on sait qu’on a besoin d’ajustement, c’est important de le dire, mais dans certains cas, je peux aussi conseiller de tenir sa langue. Par exemple, j’ai eu le cas d’une personne qui m’a appelé en catastrophe car il lui restait deux mois de chômage et elle était à la rue, je ne lui ai donc pas conseillé d’en parler d’emblée pour favoriser ses chances d’être recrutée. »