Emploi

L’assertivité : s’affirmer tout en respectant l’autre

Ni paillasson ni bulldozer : l’assertivité est l’art de défendre ses intérêts tout en respectant ceux des autres. Cette soft skill permet de coopérer efficacement, de valoriser ses compétences et de trouver sa juste place au travail. Un atout décisif pour évoluer, se reconvertir ou convaincre en entretien. L'éclairage de Jean-Baptiste Jourdant, formateur, coach et auteur des “5 clés pour développer son assertivité” (Dunod).

Comment définir simplement l’assertivité, pour quelqu’un qui n’en a jamais entendu parler ?

Jean-Baptiste Jourdant : L’assertivité, c’est un équilibre. Elle consiste à défendre ses propres intérêts tout en respectant ceux des autres. C’est une compétence symétrique : je sais exprimer mes besoins et mes limites, et je prends en compte ceux de mes interlocuteurs. 

Beaucoup confondent l’assertivité avec l’art de s’imposer. Or c’est tout l’inverse. Si je ne défends que mes intérêts, je deviens agressif. Si je ne m’occupe que des intérêts des autres, je tombe dans la passivité. Être assertif, c’est tenir les deux bouts en même temps, avec un haut niveau d’exigence de part et d’autre.

Pourquoi cette compétence est-elle si recherchée au travail ?

Parce que c’est une compétence socle. Sans elle, toutes les autres soft skills peinent à s’exprimer. Vous pouvez être le meilleur expert dans votre domaine, si vous n’êtes pas assertif, personne ne saura ce dont vous êtes capable, ou n’aura envie de travailler avec vous. L’assertivité est le ciment qui permet de coopérer, de donner de la valeur à ses compétences et d’activer le potentiel collectif. En entretien d’embauche, elle joue aussi un rôle déterminant : sans elle, un CV reste une suite de lignes écrites. Avec elle, le candidat met en relief son parcours, donne de la chair à ses expériences et les relie aux besoins de l’entreprise.

Quels sont les signes qui montrent qu’on devient plus assertif ?

Une personne assertive se distingue d’abord par sa clarté. Elle sait exprimer ses besoins, comme par exemple avoir besoin d’objectifs précis ou d’autonomie pour bien fonctionner, et elle sait aussi dire où se situent ses limites. Mais elle se caractérise tout autant par sa curiosité : elle pose des questions, s’intéresse sincèrement aux autres, écoute réellement. On ne peut pas respecter les intérêts d’autrui si on ne les connaît pas. 

À l’inverse, le manque d’assertivité se traduit par des comportements dysfonctionnels : dire oui à tout et s’épuiser, ou imposer son point de vue sans tenir compte des autres.

Un exemple illustre bien cette différence. Prenons un contract manager qui gère la relation avec un client. Si celui-ci demande des services en dehors du contrat, il peut être tenté d’accepter systématiquement par peur de dire non. Le risque est alors une surcharge interne et un service de moins bonne qualité rendu au client. Un comportement assertif aurait consisté à dire dès le départ : “Cette demande sort du cadre de notre accord. Voyons ensemble comment trouver une solution adaptée.” En posant une limite claire, il aurait protégé les intérêts de son entreprise tout en respectant ceux de son client.

Quels bénéfices concrets peut-on attendre en développant cette compétence ?

Le premier bénéfice est individuel : vos compétences sont mieux reconnues, car vous savez les exprimer et les défendre. Le second est collectif : vous devenez un meilleur partenaire de coopération. L’assertivité maximise la synergie au sein des équipes, car elle permet d’allier l’affirmation de soi et le respect des autres. C’est ce double mouvement qui fait toute la différence.

L’assertivité peut-elle aussi aider lors d’un entretien d’embauche ou dans l’optique d’une reconversion ?

Absolument. L’assertivité, c’est ce qui met en musique votre CV. Un CV, c’est un peu comme une partition : si vous n’avez pas d’assertivité, vous ne savez pas la jouer. En entretien, cette compétence permet de donner du relief à vos expériences et de prouver ce que vous avancez. Dire « je suis créatif » ne suffit pas : il faut être capable de l’illustrer, d’expliquer en quoi cette créativité est solide et utile pour l’entreprise.

Cela vaut aussi pour le CV lui-même. Être assertif, c’est être clair sur son projet, sur ses besoins et ses limites. Dire ce que l’on cible, le poste que l’on vise, ce qui nous fait bien fonctionner et ce que l’on ne veut pas, c’est une manière de se rendre lisible et crédible. Et c’est exactement ce que recherche un recruteur, surtout quand il s’agit de valider une reconversion : comprendre non seulement vos compétences, mais aussi comment vous allez les incarner et les défendre dans un nouveau contexte.

Et puis l’assertivité se manifeste aussi par la curiosité. En entretien, ne pas poser de questions (surtout à la fin) donne au recruteur l’impression d’un manque d’intérêt. Préparer des questions pertinentes sur le poste, l’équipe ou la culture d’entreprise est au contraire une façon de montrer que l’on est engagé dans la discussion et que l’on se projette déjà dans le rôle.

Quelles premières étapes simples recommandez-vous pour développer cette compétence ?

La première étape est introspective. Il s’agit d’identifier clairement ses besoins et ses limites, car tant que vous ne savez pas ce qui est essentiel pour vous, vous ne pourrez pas le défendre. 

La deuxième consiste à cultiver la curiosité. S’intéresser sincèrement aux autres, poser des questions, chercher à comprendre leur métier et leurs contraintes permet de prendre sa place dans la relation de façon douce et constructive. 

Enfin, la troisième étape est l’entraînement. L’assertivité se muscle comme n’importe quelle autre compétence. On peut commencer par de petits exercices quotidiens. Dans Les Dieux voyagent toujours incognito, l’écrivain Laurent Gounelle propose par exemple un test simple : à la boulangerie, quand on vous tend une baguette, demandez-en une plus cuite. Cela peut paraître anodin, mais c’est un moyen concret d’oser exprimer un besoin dans un contexte banal, puis de monter progressivement en difficulté.

Certains se sentent trop réservés ou manquent de confiance. Comment peuvent-ils progresser ?

Pour une personne naturellement réservée, il est contre-productif d’essayer de copier un modèle extraverti. L’assertivité ne prend pas une seule forme, chacun peut la développer à sa manière. Les personnes introverties ont souvent une grande qualité d’écoute, qu’il faut valoriser. Elles peuvent commencer par poser davantage de questions, sans se mettre la pression de devoir parler plus que les autres. 

En parallèle, elles peuvent s’entraîner dans des situations à faible enjeu, comme demander une précision à un collègue ou oser changer d’avis au moment de passer commande. Chaque petit succès nourrit la confiance et permet de franchir un pas supplémentaire.


3 techniques pour une communication assertive

  • Le “Oui–Non–Oui” pour refuser une demande. Validez d’abord la demande de votre interlocuteur (“Oui, je comprends…”), exprimez ensuite clairement votre refus (“…mais non, ce n’est pas possible pour moi…”), puis proposez une alternative (“…en revanche, je te propose que…”). La technique du  “Oui–Non–Oui” est une manière d’affirmer ses besoins sans froisser son interlocuteur, en respectant à la fois ses propres limites et la relation.
  • S’en tenir aux faits, pas aux jugements. Pour aborder un sujet délicat, partez toujours d’éléments factuels (“Le dossier n’a pas été rendu à la date prévue”). Cela crée une base neutre de discussion, là où un jugement (“Tu es toujours en retard”) braque immédiatement l’autre.
  • Accueillir l’objection comme une information. Quand quelqu’un vous dit non, voyez-le comme une occasion de comprendre ce qui est important pour lui. Demandez : “J’entends ton refus. Peux-tu m’expliquer ce qui compte pour toi dans cette situation ?” Vous transformez ainsi un blocage en dialogue constructif.

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