« Il n’y a pas de murs infranchissables, même si le contexte actuel peut créer de l’anxiété supplémentaire, affirme Christian Ploton, directeur général de l’Agefiph (association d’aide à l’emploi des personnes en situation de handicap et gestionnaire du fonds pour leur insertion professionnelle). On peut retenir d’importantes leçons des Jeux paralympiques, et pas seulement en termes de performance. Cela a aussi permis de montrer des personnes en situation de handicap qui osent, qui se montrent, qui se valorisent, qui portent le message de la fierté de soi. » En matière d’emploi, cet élan peut se traduire par un message de confiance et de résilience : l’insertion professionnelle et le maintien en emploi des travailleurs handicapés évoluent, petit à petit, dans le bon sens. Notamment du fait du développement d’environnement handi-accueillants dans les entreprises et d’initiatives de recrutements plus inclusifs.
« Les choses avancent à pas de loup, mais elles avancent. Le taux de chômage des personnes en situation de handicap continue de diminuer, souligne Jean-Baptiste Thiercelin, directeur général de Kliff by Randstad, réseau de recrutement et d’intérim dédié aux personnes en situation de handicap. Petit à petit, les préjugés se lèvent, et la pédagogie, c’est la force de la répétition : plus de 80 % des handicaps sont invisibles, et plus de 90 % ne nécessitent pas d’aménagements de poste. »
Politiques inclusives
Charlotte Parmentier-Lecocq, ministre déléguée charge de l’Autonomie et du Handicap, présente lors d’Inclusiv’Day pour clôturer la journée, a souligné la dynamique à l’œuvre : « Pour faire levier auprès des entreprises et inciter au recrutement inclusif, il faut leur montrer que c’est possible. Et non seulement que c’est possible, mais que c’est en plus souhaitable, avec tout ce que cela peut leur apporter. Pour leur apporter des solutions, nous allons notamment faire évoluer le dispositif de l’emploi accompagné, qui prévoit un soutien à l’insertion professionnelle et l’accompagnement par un professionnel du médico-social d’une personne en situation de handicap, pour l’aider à accéder à l’emploi et à s’y maintenir. »
Du côté des organisations et services publics de l’emploi et de l’insertion, on déploie aussi des dispositifs qui favorisent l’insertion, notamment en milieu ordinaire, comme l’explique le directeur général de l’Agefiph : « Nous travaillons à faire évoluer la manière d’appréhender le recrutement. Avec par exemple le développement avec France Travail de la méthode de recrutement par simulation (MRS), qui consiste à valoriser les habiletés avant les diplômes. Or, près de 80 % des personnes en situation de handicap ont un niveau de diplôme infrabac. Beaucoup sont moins armés et moins préparés sur ce plan, mais peuvent faire valoir tout un autre registre de compétences. » L’intérim est également un tremplin potentiel à considérer. « Les trois quarts de nos clients qui recrutent des travailleurs en situation de handicap sont des entreprises du milieu ordinaire, explique Jean-Baptiste Thiercelin. Et l’intérim est un tremplin vers l’emploi durable, en CDI ou en CDD de plus de six mois. Pour les profils en situation de handicap, le premier enjeu et la première des clés, c’est l’accompagnement socioprofessionnel, la capacité à identifier les freins d’accès à l’emploi pour les lever. »
La reconversion comme solution
Si la reconversion professionnelle peut concerner l’ensemble des actifs en cours de carrière et répondre à toute une série de facteurs et de motivations, elle peut s’avérer nécessaire voire indispensable pour le maintien en emploi des travailleurs en situation de handicap. « La plupart des handicaps surviennent en cours de vie, en cours de carrière professionnelle. Il est donc important pour les personnes concernées de s’ouvrir dès que possible à cette option de reconversion, conseille Christian Ploton. Avec l’évolution des technologies, la digitalisation et maintenant l’intelligence artificielle, de nouvelles opportunités s’ouvrent. Sans oublier tous les autres secteurs et métiers en tension qui manquent de candidats. Le champ des possibles de la reconversion me paraît de plus en plus large et il n’y a pas de métier inaccessible : la compensation du handicap et les aménagements de postes, nous savons les opérer. »
Jean-Baptiste Thiercelin, qui dirige la filiale de Randstad consacrée au recrutement de travailleurs en situation de handicap, confirme les propos du directeur général de l’Agefiph : « Dans notre pool de talents, 15 % ont un handicap de naissance, tandis que les 85 % restant ont un handicap survenu à la suite d’un accident de la vie. Et plus de la moitié de ces derniers sont dans une logique de reconversion, parce qu’ils ne peuvent simplement plus pratiquer le métier qu’ils occupaient auparavant. La majorité des postes sur lesquels nous recrutons vont être dans les secteurs de la logistique, de l’industrie et des services. Un exemple : une personne à Toulouse qui était assistante maternelle. Son handicap a fini par lui rendre son métier impossible et trop pénible. Elle a depuis opéré une reconversion et a été embauchée comme assistante commerciale chez GRDF. »