Les métiers et les voies de carrière de l’artisanat ne constituent plus une voie de garage. Loin de là, les professions artisanales convainquent même chaque année de plus en plus de profils en reconversion, à la recherche d’une occupation plus épanouissante et gratifiante. Clémence des Garets, 29 ans, en est l’exemple parfait. École de commerce et diplôme de marketing suivis d’un début de carrière dans le luxe sur des postes de marketing, son parcours commence sur les chapeaux de roues. « J’ai choisi de commencer dans le luxe parce que j’avais envie de raconter de belles histoires, mais je me dis aussi aujourd’hui que ce n’était pas anodin et que ça présageait peut-être ma reconversion dans l’artisanat », témoigne la jeune femme.
Après plusieurs stages, dont un passage chez Chanel, et un an et demi de CDI chez Bulgari, elle « bifurque » une première fois en plein Covid en devenant consultante en stratégie digitale. Une expérience qui dure près de quatre ans et durant laquelle elle ressent ce fameux déclic, dont beaucoup de reconvertis témoignent : « Tout se passait bien, j’avais une situation et un salaire confortables, puis un jour, j’ai eu une sorte d’éclair de lucidité. J’étais dans l’open space, et en prenant du recul sur ma situation, je me suis vraiment dit mais qu’est-ce que tu fais là ? J’ai compris que ce travail ne m’épanouissait pas, que je ne voulais pas la place de mon boss, que j’avais besoin d’être plus stimulée et challengée par mon travail. » Un déclic soudain qui pousse Clémence des Garets à entamer une réflexion qui la mènera jusqu’à la reconversion. Et qui commence par la case bilan de compétences.
Faire le bilan pour rebondir
Tout en restant en poste, la future fleuriste sollicite l’organisme Chance grâce à son CPF : « J’étais un peu perdue face au sentiment de ne plus être heureuse dans mon travail et j’avais vraiment besoin d’être guidée dans mes réflexions pour qu’il en ressorte quelque chose de positif. Le bilan de compétences est vite apparu comme une solution. C’était sur plusieurs mois, avec un premier tiers consacré à une phase d’introspection. Ce travail a été très fondateur pour moi et je m’en sers encore aujourd’hui ! » Dès le début de son bilan, Clémence des Garets cite le métier de fleuriste comme le job de ses rêves, mais elle y croit peu : ce n’est pas un projet réaliste, pense-t-elle. Et pourtant ! Sur les conseils de sa coach, elle garde l’idée dans un coin de sa tête, puis poursuit son cheminement et sa réflexion.
Au fur et à mesure, elle y revient, comprend qu’elle adore les fleurs depuis toujours, aime créer avec ses mains, assembler des couleurs et des textures, créer du beau… Sa prise de conscience est alors complétée par un exercice pratique en fin de bilan : s’écrire une lettre à soi-même dans dix ans. Verdict : « J’ai écrit que je voulais avoir monté ma boîte, avoir des salariés, m’épanouir dans l’entrepreneuriat. » Dès lors, tous les fondements sont là et les fondations sont posées : Clémence des Garets fait le choix de la reconversion, des fleurs et de l’entrepreneuriat ! Pour cela, elle vise le CAP de fleuriste, un indispensable. Elle quitte donc son poste dans le conseil en septembre 2024, pour entamer une formation de préparation au CAP au sein de L’atelier des Chefs, organisme de formation en ligne consacré aux métiers de la main. « Quand on entame un parcours de reconversion, on pense qu’on repart de zéro et qu’on doit tout réapprendre. Mais en fait, tout ce qu’on a déjà appris c’est quand même un super socle sur lequel on peut capitaliser et qui n’est vraiment pas quelque chose qu’on oublie et qui n’a servi à rien », ajoute l’intéressée.
Entrepreneuriat et nouvelle vie
La longue formation de Clémence des Garets, jusqu’à l’obtention de son CAP avec mention très bien, dure près de 500 heures ! Elle apprend toutes les techniques de composition et réalise deux stages d’un mois dans des boutiques parisiennes. Mais très vite, elle écarte l’idée d’ouvrir sa propre boutique et préfère privilégier la composition florale pour des événements et des particuliers. Au bout de ce chemin et de ce parcours, elle crée donc son entreprise Florifera (@florifera.paris sur Instagram) – porteuse de fleurs en latin – en janvier 2025. « Quand j’ai quitté le conseil, j’ai pu négocier une rupture conventionnelle et cela m’a donc ouvert le droit aux allocations chômage pendant dix-huit mois. C’était comme un filet de sécurité pour me lancer. Cela m’a permis de commencer mon entreprise plus sereinement et de consacrer tout ce que je gagnais à ma trésorerie », explique la jeune cheffe d’entreprise.
En l’espace de quelques mois, et après un lancement à Paris puis une mobilité personnelle à Bordeaux, Clémence des Garets a déjà diversifié ses activités : compositions florales pour des événements (mariages, soirées d’entreprise…) et ateliers en entreprise et pour des particuliers. Si son projet est encore jeune et si, selon ses dires, « ma reconversion dépend du succès de ma boîte », la presque trentenaire est aujourd’hui à sa place. Et elle encourage à la découverte : « C’est vraiment trop bien de se mettre dans une nouvelle dynamique d’apprentissage. On rencontre plein de gens et on peut mener cela en parallèle de son job. Et il ne faut pas hésiter à contacter plein de gens sur LinkedIn pour les interroger sur leur métier ! Je me rends moi-même disponible pour partager mon expérience de reconversion. »