Constance Hyest : Revenir à la ferme
« Il y a 10 ans, je suis revenue en Normandie pour reprendre la ferme familiale du Mont Viné. J’avais 28 ans. J’habitais à Nice, j’étais acheteuse dans le tertiaire. J’ai trois sœurs et un frère. Pour mon père, c’était lui qui allait reprendre la ferme. Mais il n’en a pas voulu. Je vivais en même temps une rupture amoureuse, je me suis dit : « Pourquoi pas recommencer à zéro ? » J’ai demandé à mon père : “Si je démissionne, y a-t-il une place pour moi à la ferme ?” Il m’a répondu oui. Le lundi, je quittai mon travail. On n’a pas discuté salaire, ni combien gagnait la ferme, je savais juste que la partie centre équestre perdait de l’argent, que la cidrerie ne rapportait pas grand-chose et que la ferme, elle, fonctionnait. Je me suis dit que, quand on part de zéro, cela ne peut qu’aller mieux ensuite. Cela s’est très bien passé avec mon père, on se fait confiance, on s’est réparti les tâches naturellement : lui, les cultures et, moi, avec mon bagage commercial et marketing, la cidrerie et les chevaux. On partage le bénéfice global. J’ai d’abord été aide familial pendant 5 ans : ce n’est pas un bon statut niveau salaire ou retraite, car on ne cotise pas, mais cela m’a permis de mûrir les choses. Puis, j’ai passé un bac agricole. Fin 2025, mon père partira à la retraite ; je vais tout reprendre, je travaillerai avec un ami pour la partie culture. J’ai une devise depuis que je suis cheffe d’entreprise : tout vient à point à qui sait attendre. Je ne fais rien tant que mon père ou mes salariés ne sont pas convaincus par l’idée. Alors qu’en privé, je suis plutôt fonceuse ! »
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Témoignages : ils se sont associés pour entreprendre
Maxime Borgoo : Relancer un restaurant
« Chargé d’expansion chez Dia Ed, je ressentais une frustration au niveau professionnel car l’entreprise ne marchait pas bien. Je cherchais un autre travail. Mes parents étaient associés dans un restaurant, à Dieppe, qui ne fonctionnait pas. Ils m’ont proposé de le reprendre. Je me suis retrouvé à la tête d’une PME avec 5 salariés qui attendaient de moi que je leur dise ce qu’il fallait faire, que je prenne les décisions. Un grand changement avec mon statut précédent de salarié ! Quand c’est son entreprise, c’est comme une force intérieure qui nous prend. On s’investit à 3 000 % dans tout, j’ai occupé tous les postes du restaurant, cela m’a apporté une grande richesse. Je m’étais renseigné sur les grands principes de gestion d’un restaurant et j’ai la chance d’avoir un oncle dans le métier qui m’a donné quelques idées. Surtout, je suis allé dans de nombreux restaurants avec un œil de client, car le métier de restaurateur, c’est d’abord recevoir du monde et faire en sorte que les gens passent un agréable moment. Derrière, c’est de la logique : il faut que ce soit propre, organisé, efficace, rentable. La difficulté quand on reprend, c’est qu’il faut faire avec ce qui existe déjà. On a redressé le restaurant. Je l’ai vendu début août, une aventure de 10 ans. Avant de reprendre, il faut bien s’entourer. Ça a été mon erreur, j’ai voulu beaucoup faire tout seul, pensant réaliser des économies. J’aurais dû dépenser plus pour gagner plus… Et avoir la lucidité de prendre des professionnels dans chaque secteur à développer. »
Alexandre Frangulian : S’associer pour prendre la relève
« J’ai la chance d’être né dans une famille d’entrepreneurs qui détient notamment une entreprise dans l’immobilier industriel. En 2020, lorsque ma mère et ma tante sont parties à la retraite, s’est posée la question de la reprise. Avec mes quatre cousins, nous avons souhaité reprendre. Obtenir le financement a été le plus difficile. Auparavant, j’avais fait une école de commerce, puis, d’ingénieur et travaillé neuf ans comme gérant de fonds. En parallèle, j’avais créé une société de garde-meubles et m’étais découvert un goût pour l’entrepreneuriat. Une branche de la société familiale, Cobatec, avait été créée par mon grand-père pour réaliser l’entretien de toitures industrielles. Croyant au potentiel des toits, on a voulu développer le concept en rachetant Axotoits, en 2023. Ce qu’on avait sous-estimé, c’est le facteur humain lié à une reprise. Un dirigeant qui vend sa boîte, il vend son bébé. Il ne faut pas négliger cet aspect psychologique. Pour reprendre, il faut aussi parvenir à ce que les employés adhèrent à son projet. Les sujets RH et de management d’équipe ont été primordiaux. Des évolutions de poste ont été nécessaires et nous avons malheureusement dû nous séparer d’une partie de l’équipe technique en découvrant d’importantes lacunes de fonctionnement. Pour moi, le plus important, c’est de se faire accompagner. J’ai suivi la formation d’un mois sur la reprise d’entreprise du CRA (Centre de Reprise d’Affaires Formation) pour acquérir les ficelles du métier. »
Anne-Sophie Bichut : Reprendre deux campings
« À 21 ans, je travaillais dans le camping de mes parents dans l’Oise, mais l’entente avec ma mère n’était pas facile. L’opportunité s’est présentée d’acheter un deuxième camping, mon père m’a proposé de le gérer, c’était l’occasion d’être plus libre dans mon évolution. On a négocié un coaching avec l’ancien propriétaire. Pendant six mois, il est venu tous les jours pour transmettre correctement l’entreprise. Je n’étais encore qu’une enfant, il m’a fallu tout apprendre : la gestion des clients et des salariés, la comptabilité… Je me suis ensuite inscrite à l’école des managers de Paris pour continuer à apprendre, tout en gérant le camping. Cela a été très bénéfique. À l’obtention de mon Master 1, j’ai rejoint le Centre des jeunes dirigeants. Pendant six ans, j’ai beaucoup appris sur moi, sur le management, l’animation de réunions. J’ai ensuite eu deux enfants et revendu le camping en 2023 pour me recentrer sur ce qui me plaît vraiment : la concession de mobil-homes. J’ai créé la société Les logis d’Anne-Sophie. Mes parents avançaient en âge et fatiguaient : je leur ai donc proposé de reprendre leur camping. J’ai suivi mon intuition, changé tout le personnel, trouvé une gérante avec les mêmes valeurs que moi. On a tout remis à plat. Aujourd’hui, le chiffre d’affaires n’a jamais été aussi haut, même du temps de mes parents. On a un projet d’extension. Reprendre une affaire familiale, c’est une chance inouïe de démarrer avec peu de charges et un champ des possibles incroyable. »