Entreprises éphémères restauration collective
Emploi

Les entreprises éphémères, une autre voie vers l’emploi

Les entreprises éphémères bousculent les codes traditionnels de l'accès à l'emploi. En proposant une immersion collective et temporaire en entreprise, le dispositif répond aux besoins de main-d'œuvre dans des secteurs en tension et accompagnent vers l'emploi des publics qui en sont éloignés.

Ce concept de recrutement innovant a fait ses preuves. En dix ans d’existence, plus de 80 entreprises éphémères dans différents secteurs – transport, flotte automobile, BTP, hôtellerie, restauration, tourisme, services à la personne – ont vu le jour et plus de 4000 personnes ont été accompagnées. Objectif : créer une passerelle entre des entreprises qui ont des besoins de recrutement et des personnes en recherche d’emploi qui manquent de réseau, de formation ou de confiance en soi.

« Ce dispositif, financé et accompagné par France Travail, est un sas avant l’emploi pour un public souvent éloigné de l’emploi, comme des seniors, des juniors en rupture de formation, des bénéficiaires du RSA ou encore des femmes en situation de monoparentalité », estime Sonia Johnson, directrice du développement de Entreprises éphémères solutions Île-de-France.

Une vraie vie d’entreprise pendant sept semaines

Concrètement, pendant six à sept semaines, l’équipe va sélectionner entre 40 et 50 demandeurs d’emploi selon leur parcours et leur profil pour participer à la création de l’entreprise éphémère. « Ils accèdent à une vraie vie d’entreprise avec ses différents espaces, son coin café et ses relations sociales. C’est l’occasion pour eux de retrouver un rythme de travail quotidien, une dynamique d’équipe et une posture professionnelle », considère la directrice du développement.

Les journées de travail sont rythmées par des job datings avec des entreprises qui recrutent, des ateliers, et conférences, mais aussi par une formation sur des « compétences socles  » comme la communication, les bases du numérique, l’engagement et la motivation…

Une formation technique avec des experts du secteur ciblé

En parallèle, les participants sont aussi formés à un métier. Au dernier semestre 2025, la première entreprise éphémère solution d’Île-de-France a vu le jour en Plaine commune. « Nous avons identifié un secteur en tension, celui de la restauration collective, créé un consortium avec des entreprises du secteur comme Compass Group ou Elior et ciblé 40 candidats aux profils différents, dans ce domaine », relate Sonia Johnson.

Pendant huit jours, les candidats – aussi appelés des associés – ont été formés par Stelo, un centre de formation dans l’hôtellerie, la restauration et le tourisme. « Cette formation a permis aux candidats de découvrir les métiers de la restauration collective – employé polyvalent ou plongeur en restauration et commis de cuisine – et acquérir les techniques de bases.  Ils ont même passé une certification HACCP, Hygiène alimentaire adaptée à l’activité des établissements de restauration commerciale hygiène et sécurité, un vrai plus dans cet univers », précise-t-elle.

Résultat, 60% des candidats ont trouvé un emploi dans l’une des entreprises présentes sur l’événement. « Des personnes travaillent aujourd’hui pour Elior, Compass Group, la cuisine centrale d’Épinay-sur-Seine et celle de Saint-Denis ! Et nous continuons d’accompagner les 40% qui n’ont pas encore trouvé d’emploi », ajoute la directrice du développement.

Une dizaine d’opérations sont prévues sur le territoire pour cette année 2026. A Lyon, par exemple, une entreprise éphémère ouvrira en mars avec comme entreprise partenaire Feu Vert qui prévoit de former et de recruter des mécaniciens en CDI. Trois autres opérations sont également prévues en Île-de-France en 2026 avec une quarantaine de candidats et trois à cinq entreprises accueillantes.  

Des restaurants éphémères pour recruter des collaborateurs

Ce concept d’entreprises éphémères fait des émules. L’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH), avec Promocash et France Travail, a élaboré l’opération restaurants éphémères qui se déroule dans le cadre de la semaine des métiers du tourisme. « Le recrutement de collaborateurs demeure un défi majeur dans le secteur de l’hôtellerie-restauration. Nous avons lancé cette action, il y a trois ans pour créer un espace de rencontre sur une journée entre recruteurs et personnes en recherche d’emploi », résume Pierre Duboël, chargé de communication numérique et Partenariats de l’UMIH.

Chaque UMIH départementale a identifié les besoins en recrutement à l’échelle locale avant de décider de monter un restaurant éphémère avec un centre de formation en apprentissage et des restaurants qui mettent leurs plateaux techniques à disposition.

En parallèle, les agences locales de France Travail vont sourcer les chercheurs d’emploi intéressés et les accompagner dans un parcours de retour à l’emploi via des immersions professionnelles, des préparations d’entretiens, du coaching avant de les accompagner dans une opération de restaurant éphémère. « Ce dispositif est très lourd à mettre en place, il y a beaucoup de logistique et d’investissement. C’est pourquoi, cette année, nous avons sélectionné les 14 restaurants les plus représentatifs sur le territoire », indique Pierre Duboël.

Une mise en pratique concrète des compétences

 « Les candidats sélectionnés vont ensuite avoir l’occasion de mettre en pratique leurs compétences en cuisine et en salle en préparant un menu qui sera servi à table. Ensuite, ils accèdent à un job dating avec des chefs d’entreprise qui recrutent », précise Julien Ferrero, chargé de mission emploi formation.  

A l’issue de cette expérience, tous les demandeurs d’emploi ne sont pas recrutés et peut-être que certains ne voudront pas poursuivre dans la voie de la restauration, mais cet espace aura permis d’expérimenter et de se relancer dans une démarche active. « Le critère numéro, c’est la motivation. Même sans trop connaître le métier, les Préparation Opérationnelle à l’Emploi (POEI), formation proposée par France Travail, permettent d’accompagner les plus motivés. Au final, on compte environ 25 % de CDD ou de CDI signés, c’est un vrai levier pour les entreprises et ceux qui cherchent un emploi », conclut Julien Ferrero.

Ajouter un commentaire

Votre adresse IP ne sera pas collectée Vous pouvez renseigner votre prénom ou votre pseudo si vous êtes un humain. (Votre commentaire sera soumis à une modération)