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Les Gentlemen du Déménagement : “Il n’y a pas besoin d’être rugbyman pour devenir déménageur”

, par Aline Gérard

Les Gentlemen du Déménagement réunissent environ 130 agences sur tout le territoire français. Le groupement est en recherche constante de nouvelles recrues, notamment de chauffeurs poids lourds mais aussi de déménageurs. Si le métier nécessite d’être en forme, il n’est pas réservé aux “armoires à glace”, et il offre des perspectives pour évoluer vers des postes moins physiques. Entretien avec Damien Grimault, directeur du groupement.

 

Combien le groupement compte-t-il de salariés ?

Nous sommes un groupement d’entreprises indépendantes. Il est donc compliqué de consolider les chiffres mais nous avons tout de même des retours. Nous estimons qu’ils sont 1 200 au sein de nos quelque 130 agences (120 en France métropolitaine et une dizaine sur les départements d’outre-mer).

 

Quels sont les volumes de recrutements ?

De la même façon, il est compliqué d’établir des chiffres précis. Mais si l’on se penche uniquement sur le turn-over, qui est à peu près de 15 % en France, et qu’on l’applique sur les 1 200 salariés, cela fait à peu près 180. Nous recrutons donc au moins 200 personnes, ne serait-ce que pour pallier les mouvements naturels. Mais il faut noter qu’actuellement, le marché est en forte tension, on sait que le développement de nos adhérents est bloqué par des problèmes de recrutements. S’ils avaient plus de main d’œuvre, ils pourraient développer leur chiffre d’affaires.
S’ajoutent à cela des besoins ponctuels. Car notre activité est très saisonnière. Pour la haute saison, de juin à septembre, nous avons un volant de 400 saisonniers sur l’ensemble du groupe. Tous ces chiffres sont des estimations basses.

 

Quels sont les métiers concernés ?

Nous avons un poste en très forte tension qui est celui de chauffeur poids lourds. Quelqu’un qui a son permis poids lourd, et qui se débrouille un peu avec son téléphone, trouve du travail dans la journée. Ce n’est pas normal de rester sans emploi quand on le possède. C’est une compétence que l’on se dispute d’ailleurs avec les transporteurs. Nous n’avons pas dans notre métier des gens qui ne font que de la conduite, c’est la difficulté que l’on rencontre pour les recruter par rapport aux transporteurs. En revanche, nous avons pas mal de conducteurs poids lourds qui ne quitteraient pas le secteur du déménagement car l’avantage est que c’est un travail d’équipe. Vous n’êtes pas toute la journée seul dans votre camion. C’est également un domaine très varié, chaque déménagement est une nouvelle aventure : c’est un nouveau logement, une famille et une destination différentes. C’est un travail peu routinier. Cela plaît à un certain nombre de personnes.
Ensuite, nous recrutons essentiellement des déménageurs. L’idéal est d’avoir des personnels confirmés, mais comme il n’y en a pas beaucoup sur le marché, nous prenons des débutants qui commenceront comme aides déménageurs. C’est le cas par exemple quand on fait une saison. Ensuite on passe assez rapidement déménageur, notamment dès que cela se transforme en CDI.

 

 

Qu’en est-il des commerciaux ?

Comme partout, nous ferons toujours de la place à un bon commercial. En revanche, il faut savoir que la plage horaire de travail se situe surtout en dehors des heures de bureau. Vous allez faire les visites le soir, le midi. Il faut s’adapter à ces contraintes.

 

Chez les débutants, quelles sont les qualités recherchées ? Existe-t-il un diplôme spécifique ?

Il y a un CAP de déménageur, mais ce n’est pas ce que nous allons demander en premier. Nous pouvons très bien engager quelqu’un qui n’a aucun diplôme. Ce que l’on attend surtout c’est une bonne présentation, une bonne forme physique, sans être pour autant une armoire à glace – c’est un stéréotype. C’est physique mais il n’y a pas besoin d’être rugbyman : il y a des engins de levage, c’est un travail d’équipe et on apprend à porter.

Nous demandons un savoir-vivre, de la politesse, de la discrétion. Nos déménageurs interviennent au domicile de nos clients, entrent dans leur intimité, parfois mettent en cartons leurs affaires, déballent. Il faut des gens qui sachent se faire discrets, qui soient soigneux et aient le sens du service. Ce sont essentiellement des qualités humaines que nous demandons. Les compétences s’acquièrent sur le terrain et par la formation.

 

S’il n’est pas utile d’être une armoire à glace, cela reste un métier physique. Que mettez-vous en œuvre pour que les déménageurs tiennent dans la durée et puissent faire carrière chez vous ?

Tout d’abord, dans des groupements comme le nôtre, nous n’allons pas imposer des cadences infernales à nos déménageurs. Nous faisons attention, quand nous réalisons un devis et que nous estimons un volume, de mettre en face suffisamment de personnes pour que chacun n’ait pas une charge démesurée à porter dans la journée. Des ratios ont été définis dans la profession, nous veillons à les respecter. Pour déménager le même volume, certains vont mettre trois personnes, d’autres seulement deux. Vous imaginez bien que pour ces deux personnes, l’effort va être beaucoup plus important. C’est la première chose à laquelle nous veillons.

Ensuite, il y a une formation qui se fait sur le terrain avec les déménageurs expérimentés, qui apprennent aux jeunes comment porter les charges. Il peut y avoir également des formations aux gestes et postures par des organismes.

Ce qu’il faut savoir, c’est que l’effort physique est plus intense durant la haute saison. En saison basse, le travail va être plus varié, un peu différent. Nous allons aussi faire des transferts de bureaux, qui consistent surtout en des cartons ou des choses pas forcément très lourdes.

La promotion interne est aussi un élément important. Un déménageur qui le reste toute sa vie aura une fin de carrière très compliquée. Il sera cassé, à un moment ce ne sera plus possible. C’est pourquoi nous allons l’encourager à rapidement passer son permis (poids lourds, ndlr), ce qui va lui permettre d’avoir des temps de conduite moins physiques, et puis aussi d’être chef d’équipe. Ce dernier a plutôt une position d’encadrant, il est souvent positionné sur le camion à recevoir et le ranger. Ensuite, on peut évoluer vers des postes de chefs d’exploitation ou de commerciaux.

 

La profession est confrontée au travail au noir. Quel message souhaitez-vous faire passer aux candidats qui pourraient se laisser tenter par cette voie ?

C’est vrai, il y en a. C’est très simple quelque part de s’improviser déménageur. Et il y a une telle demande en été que cela attire beaucoup d’entreprises voire d’individuels. Cela donne des résultats qui ne sont pas toujours très heureux. Il faut savoir aussi que faire travailler quelqu’un au noir peut être très dangereux pour le client qui peut être inquiété en cas de contrôle Urssaf. Et je ne parle même pas en cas d’accident !
Côté salarié, vous ne cotisez pas. Vous pouvez sur le moment gagner plus mais quand vous allez arriver à la retraite ou avoir des ennuis de santé, le manque de couverture sociale pourra être très dommageable.

Je conseillerais donc à quelqu’un qui veut travailler dans le déménagement de s’adresser d’abord aux entreprises référencées. Les structures de groupements comme le nôtre sont relativement sous surveillance. Nous avons une démarche d’assurance qualité, une veille réglementaire est mise en place sur ces entreprises. Nous nous assurons qu’elles déclarent leur personnel, nous demandons des justificatifs. Nous sommes aussi vigilants à ne pas brader nos prestations. Derrière un déménageur pas cher, c’est le salarié qui compense !

 

Quels sont pour vous les avantages de ce métier ?

D’abord, c’est un travail qui n’est pas routinier. Il n’y a pas beaucoup de métiers peu qualifiés où vous allez voir autant de paysages, avoir un environnement et des tâches quotidiennes différents d’un déménagement à l’autre.

C’est un travail autonome. Vous n’avez pas sans arrêt une hiérarchie sur le dos. Vous êtes une petite équipe sur un chantier et vous avez de la liberté pour vous organiser. Enfin, il y a un aspect relationnel avec le client final qui peut être assez intéressant. Vous voyez directement le résultat de votre travail et la satisfaction du client.

 

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Aline Gérard
Rédactrice en chef de Rebondir


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