Emploi

Défense : quels métiers recrutent d’ici à 2030 ?

Porté par des carnets de commandes record et des impératifs stratégiques face aux tensions géopolitiques, le secteur de la Défense recrute des profils de tous horizons. Grands groupes industriels, PME et armées cherchent des milliers de candidats. Le gouvernement vient de lancer un plan national pour accompagner 100 000 recrutements dans l’industrie de défense d’ici à 2030.

Elle était esthéticienne, la voilà à assembler des sièges, des accoudoirs et des tablettes d’avion sur le site d’Issoudun de Safran Seats. “J’ai été recrutée en CDI à l’issue d’une période d’intérim. Ce travail d’opératrice est très minutieux car les pièces sont fragiles. Cela demande beaucoup de précautions, j’en prends soin, comme je le faisais auparavant quand je travaillais dans l’esthétique-beauté”, raconte Camille Boussière, 26 ans.

Les géants industriels accélèrent

Déjà marquée par une hausse de 15 % des recrutements entre 2022 et 2024, la filière de la Défense passe à la vitesse supérieure depuis la nouvelle loi de programmation militaire (LPM) d’avril 2026. Pour répondre aux enjeux de réarmement et de renouvellement des flottes, les neuf grands groupes du secteur et 4 000 PME accélèrent et affichent des volumes de recrutements record.

Naval Group envisage près de 2 000 recrutements en CDD, CDI et intérim. Thales a ouvert 3 300 postes. “Environ 40 % des emplois sont affectés à l’ingénierie (cybersécurité, intelligence artificielle, ingénierie logicielle et systèmes, data…) et 25 % à l’industrie (sur des postes de techniciens, d’opérateurs et d’ingénieurs…)”, précise l’entreprise.

Parallèlement, Safran prévoit d’embaucher entre 6 000 et 7 000 nouveaux collaborateurs pour l’ensemble de ses sites et de ses filiales. Le groupe a agrandi et modernisé plusieurs de ses usines et prévoit d’en ouvrir deux autres, en Bretagne et en Rhône-Alpes en 2027. Les embauches ont déjà commencé par anticipation afin d’accompagner la montée en cadence de la production.

Ouvriers, techniciens et ingénieurs activement recherchés

Porté par un budget de la défense en hausse de 6,7 milliards d’euros pour 2026, le secteur tourne à plein régime et cherche des profils de tous horizons, en production, conception, maintenance ainsi que pour les fonctions support en cybersécurité, robotique, intelligence artificielle, ingénierie, logistique…

“Les besoins sont non seulement énormes, mais aussi durables. Ils vont être encore démultipliés avec les départs à la retraite qui dépasseront 35 % dans les métiers de la maintenance aéronautique dès 2030. Dans ce contexte, on estime que plus de 70 000 emplois seront créés dans les prochaines années”, analyse Benoît Labrousse, président de Randstad France.

Le gouvernement vise désormais 100 000 recrutements dans l’industrie de défense d’ici à 2030.

Les métiers “cœur de chaîne”, comme ceux de soudeurs, chaudronniers, usineurs, techniciens de maintenance, mécaniciens et électrotechniciens, figurent parmi les profils les plus recherchés et les plus difficiles à trouver. “Cette pénurie est exacerbée par la concurrence d’autres secteurs stratégiques (nucléaire, ferroviaire, énergie), engagés eux aussi dans des programmes massifs d’investissement et de recrutements”, souligne Benoît Labrousse. Côté cadres, les profils d’ingénieurs logiciels et électroniques, d’architectes systèmes, de spécialistes de la performance industrielle, du traitement de la donnée ou des systèmes embarqués sont également en tension.

Sous les drapeaux, on recrute aussi

Les forces armées françaises déploient, elles aussi, des plans de recrutement historiques. L’Armée de terre reste le principal pourvoyeur d’emplois avec environ 15 000 recrutements par an. Plus de 110 spécialités y sont accessibles, avec ou sans diplôme, du combattant de l’infanterie au technicien de logistique en passant par des ingénieurs en supply chain.

La Marine nationale recrute 4 000 personnes et l’Armée de l’air et de l’espace propose environ 3 500 postes annuels. Au total, tous corps confondus, les armées cherchent à pourvoir plus de 25 000 postes.

Des reconversions bienvenues

Pour intégrer le secteur, il n’est pas forcément obligatoire de posséder un CV orienté défense ou sécurité. “Les reconversions sont tout à fait possibles et même bienvenues sur des métiers de montage, d’ajustage, d’usinage qui demandent de la précision et de la dextérité dans les gestes. Il n’est pas rare de voir d’anciens coiffeurs ou des candidats issus d’activités manuelles se faire embaucher. Le secteur mise aujourd’hui sur la transférabilité des compétences et le savoir-être”, estime Benoît Labrousse, de Randstad.

Ces virages sont d’autant plus facilités que plusieurs groupes industriels possèdent leurs propres instituts de formation. Thales a ainsi déployé sa “Pyro Academy” à La Ferté-Saint-Aubin, tandis que Naval Group a relancé son école interne de conception navale à Cherbourg. “Nous avons 40 écoles industrielles en France pour couvrir l’ensemble des besoins de nos sites. Elles proposent de la formation initiale ou de la formation courte, notamment pour les postes en reconversion”, précise Nicolas da Ponte, de Safran.

Une « force spéciale défense » au sein de France Travail

Face à l’ampleur des besoins, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a lancé le 15 septembre un plan national pour l’emploi dans l’industrie de défense, destiné à accompagner 100 000 recrutements d’ici à 2030.

Avec 30 conseillers spécialisés sur ces thématiques, le ministre a officialisé le lancement d’une “force spéciale défense” au sein de France Travail, dirigée par une générale à la retraite, afin de faciliter les recrutements dans le secteur. Elle doit identifier les besoins en compétences et orienter les candidats, en lien avec les acteurs industriels et les représentants de la défense.

Le plan prévoit également un important volet formation. Selon Jean-Pierre Farandou, 15 000 préparations opérationnelles à l’emploi seront orientées vers les besoins de l’industrie de défense, afin de répondre aux tensions de recrutement, alimentées à la fois par les départs à la retraite et par la croissance des effectifs du secteur. Les préfets seront également chargés de coordonner des feuilles de route locales.

L’intérim peut enfin constituer une porte d’entrée en vue d’un CDD ou d’un CDI. “C’est un bon moyen de découvrir les métiers, de tester les cadences et de casser le déficit d’image et d’attractivité des métiers de la défense”, estime Benoît Labrousse.

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