La filière quantique se développe en France.
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Filière quantique : les clés pour comprendre un secteur qui recrute

Ordinateurs, communication, capteurs… La quantique quitte progressivement les laboratoires pour entrer dans une phase d'industrialisation. Les investissements se multiplient et les besoins en recrutement commencent à émerger. Interview.

Encore méconnue du grand public, la filière quantique fait désormais partie des priorités de la France. En mai 2026, Emmanuel Macron a annoncé un milliard d’euros supplémentaire pour soutenir son développement dans le cadre du plan France 2030. D’ici cinq à dix ans, elle pourrait employer entre 15 000 et 20 000 personnes en France, contre 4 000 à 5 000 aujourd’hui, selon diverses estimations.

Olivier Ezratty, cofondateur de la Quantum Energy Initiative, ingénieur et chercheur indépendant spécialisé dans les technologies quantiques, fait le point avec nous sur ce qu’il faut savoir concernant cette filière.

De quoi parle-t-on exactement lorsqu’on évoque la filière quantique ?

Olivier Ezratty (O.E.) : La physique quantique est un champ de la physique qui a permis d’expliquer ce qui se passe dans les échanges d’énergie au niveau des plus petits éléments de la matière : les atomes, les électrons ou encore les molécules. Elle a permis de développer les technologies numériques que nous utilisons actuellement. Les transistors, les lasers ou encore les communications par satellite reposent déjà sur cette physique quantique, que l’on peut qualifier de première génération.

Aujourd’hui, nous sommes dans une seconde vague, celle des technologies quantiques. Elles utilisent autrement certaines propriétés physiques comme la superposition ou l’intrication, ainsi que le contrôle individuel des objets quantiques, comme les atomes et les électrons, afin de développer de nouveaux produits.

On distingue généralement trois grands domaines. Le premier est celui de l’ordinateur quantique, qui permettra de réaliser certains calculs différemment et, potentiellement, beaucoup plus rapidement que les ordinateurs actuels. Le deuxième est celui des communications quantiques, qui visent à sécuriser davantage les échanges d’informations. Enfin, il y a les capteurs quantiques, qui permettent de mesurer des grandeurs physiques comme le temps, la gravité ou encore des rayonnements, avec une précision bien supérieure à celle des technologies actuelles.

Dans quels domaines les technologies quantiques devraient-elles avoir le plus d’impact dans les prochaines années ?

O.E. : Les experts ne sont pas tous d’accord. En adoptant une appréciation réaliste de ce qu’on va pouvoir faire avec, le premier domaine est le monde de la chimie. Et quand je dis la chimie, ça intègre les sciences de la vie, l’énergie et les sciences des matériaux. L’une des capacités potentielles de l’ordinateur quantique va être de simuler la matière à l’échelle atomique. Ça offre donc des possibilités à tous ceux qui créent de la matière : nouveau médicament, nouveau procédé chimique, nouveau matériau.

Le deuxième domaine, où il y a beaucoup d’appétence, est le monde des services financiers. Les logiciels utilisés dans ces secteurs ont besoin d’améliorer leurs performances et l’ordinateur quantique est censé le permettre. Le troisième domaine, en intégrant les capteurs et les communications quantiques, c’est ce qu’on appelle la base industrielle et technologique de défense. Le quantique intéresse Airbus, Thales, Dassault, Naval Group… Ils ont tous besoin de capacités de calcul, de capteurs et de sécurisation.

Viennent ensuite souvent les transports ou la logistique, mais c’est plus hypothétique. Pas pour des raisons de marché, mais pour des raisons techniques. Les logiciels qui permettront réellement d’apporter de la valeur dans ces métiers ne sont pas encore disponibles, les machines non plus.

Comment la France se positionne-t-elle dans la course mondiale au quantique ?

O.E. : Tous les pays développés sont dans la course. En France, on a un écosystème de start-ups assez dynamique. On compte environ 70 entreprises dans le secteur. C’est le premier écosystème de l’Union européenne (UE), devant les Allemands, en nombre de start-up et en financement par le capital-risque.

L’État a mis un milliard d’euros il y a cinq ans et il en a remis un milliard il y a deux mois. Il y croit notamment parce que les technologies quantiques ont une double dimension : civile et militaire. Mais il n’y a pas que ça ! En France, l’écosystème entrepreneurial s’est beaucoup développé. Des chercheurs qui avaient des technologies développées dans leurs laboratoires et qui pensaient pouvoir aboutir à des produits se sont dit qu’ils pouvaient créer leur entreprise et être accompagnés.

Cette dynamique les a poussés à créer des start-ups, ce qui a joué un rôle important dans le développement de l’écosystème à travers le pays. En face, il y a les Américains et les Chinois qui sont très forts. La France toute seule ne peut pas se battre efficacement contre eux. Le succès de la France ne peut s’inscrire que dans un contexte européen.

Les entreprises recrutent-elles déjà dans la filière quantique ? Quels sont les métiers qui offrent aujourd’hui le plus d’opportunités ?

O.E. : Ça dépend de leurs levées de fonds. En général, quand les start-ups lèvent des fonds, elles se mettent à recruter énormément. Le financement sert principalement à payer des recrutements, du matériel ou de la sous-traitance. Les entreprises du calcul quantique, qui sont les plus grandes chez nous en France, recrutent au moins 70 % de personnel technique. Ce sont en général des gens qui viennent du monde académique et qui ont un doctorat en physique quantique.

Elles recrutent aussi de plus en plus d’ingénieurs en informatique, en électronique, en intégration ou encore en conduite de projet. Et comme dans n’importe quelle entreprise de technologie, on y trouve environ 20 à 30 % d’emplois dans les fonctions support : la vente, le marketing, la finance, les RH, les relations publiques, la communication. Ce sont des recrutements classiques. Plus une entreprise grandit, plus la part de ces métiers augmente. Plus la technologie mûrit, plus il faut la vendre.

Il y a des directeurs commerciaux, des directeurs marketing ou des directeurs des partenariats recrutés, mais qui ne viennent pas du quantique. Ils viennent souvent du numérique ou de l’électronique et se reconvertissent dans le quantique, dans l’un de ses métiers qui ne nécessitent pas d’avoir un doctorat en physique quantique.

Quels profils risquent de manquer dans les prochaines années ?

O.E. : Dans les dix années qui viennent, les gens qui font du logiciel dans ce domaine-là vont probablement jouer un rôle plus important. Aujourd’hui, on est encore dans une économie où on est en train de créer les machines : du hardware, de l’électronique, de la photonique, de la fabrication de composants, de l’assemblage et de l’intégration, avec une forte composante de physique.

Plus les machines vont gagner en puissance, plus on aura besoin d’experts en logiciel. Cette tendance amènera des besoins en compétences que je segmente en trois grandes parties : savoir ce qu’est un logiciel quantique, bien connaître les logiciels classiques, parce qu’on les fait souvent travailler ensemble, et maîtriser les logiciels et mathématiques d’un métier donné, que ce soit la finance, la santé ou un autre secteur.

Comment peut-on se préparer dès aujourd’hui à travailler dans cette filière ?

O.E. : J’insiste beaucoup sur un message commun à diffuser auprès des étudiants et des cadres qui sont dans la vie active en ce moment : le quantique, c’est la meilleure incarnation de choses que l’on n’apprend pas à l’école et qu’on apprend après. Je suis dans le quantique depuis 8 ans, mais je me suis formé sur le tas. J’ai fait mes études d’ingénieur, il y a plus de 40 ans, et je n’ai pas étudié ni la physique quantique à ce moment-là, ni les technologies quantiques dont on ne parlait pas à l’époque.

Mon meilleur conseil, c’est qu’il faut être un étudiant permanent en ne cessant jamais d’apprendre. En ce qui concerne la formation, le chemin royal est une bonne école d’ingénieur suivie d’une thèse. Cela étant, s’il s’agit plutôt de métiers non scientifiques, mais techniques, une école d’ingénieur ou une formation universitaire en mathématiques, en physique ou en informatique peut faire l’affaire.

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